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Franc-maçonnerie: Documents fondateurs - Editions L'Herne 1991-Photo ER

Franc-maçonnerie: Documents fondateurs - Editions L'Herne 1991-Photo ER

 LE COOKE  (catégorie Anciens Devoirs)

Manuscrit datant de 1400 - 1410 (British Library, Cooke, Ms 23198)

 

Ce manuscrit est écrit en prose dans un dialecte du centre de l’Angleterre.

L’histoire (légendaire) du métier, avec une souche adamique et malgré une chronologie problématique, reste le point fort du texte.

Ce texte fait référence à la construction du temple de Salomon, dans la lignée de Bède le Vénérable (673-735) et qui sera amélioré dans sa reprise dans les constitutions de 1723. C’est sans doute ce manuscrit qui inspire une grande partie du travail historique de Georges Payne.

Euclide récemment redécouvert est aussi à l’honneur dans ce texte.

Les « Sept Arts Libéraux » c'est-à-dire non serviles comme les Arts mécaniques, sont à nouveaux détaillés. La Géométrie est particulièrement mise à l’honneur comme base de l’art du maçon, avec un rappel de son origine Egyptienne dans la mesure de la Terre. C’est une revue adaptée à l’art du maçon, du Trivium et du Quadrivium antique.

On retrouve les deux colonnes l’une de marbre l’autre de brique qui sont associées aux langages pythagoricien d’une part et hermétique d’autre part qui seront la base des développement futurs des langages maçonniques spéculatifs.

Pour toutes ces raisons, il est primordial de connaître ces textes fondamentaux car au-delà des règles du métier, ils sont la base oubliée de l’initiatique maçonnique, via l’aspect légendaire et pseudo historique.

Ils conservent un sens qui dépasse la lecture de l’historien.

E. : R. :

 

Grâces soient rendues à Dieu, créateur du ciel et de la terre et de toute chose qui s'y trouve de ce qu'il ait voulu engager sa glorieuse divinité dans la création de tant de choses utiles à l'humanité.

Car il fit toutes choses pour qu'elles fussent obéissantes et soumises à l'homme.

Car il créa tout ce qui est comestible et bon pour l'homme. De plus, il lui a donné la compréhension et la connaissance de diverses sciences et arts pour lui permettre de travailler afin d'arriver, en gagnant sa vie, à réaliser différentes choses qui plaisent à Dieu et lui procurent bien et confort.

Si je devais les énoncer ce serait trop long, mais je dois vous en exposer certaines, pour vous apprendre comment la science de la géométrie commença et qui en furent les inventeurs, ainsi que d'autres techniques comme il est dit dans la Bible et en d'autres livres.

Vous devez savoir qu'il y a sept sciences libérales ; grâce à elles, toutes les sciences et techniques de ce monde ont été inventées. L'une d'elles, en particulier, est à la base de toutes les autres, c'est la science de la géométrie.

Les sept sciences ont les noms suivants :

La première qu'on appelle fondement des sciences a pour nom grammaire, elle enseigne à parler correctement et à bien écrire.

La seconde est la rhétorique, elle enseigne à parler avec grâce et beauté.

La troisième est la dialectique qui enseigne à distinguer la vérité du faux et on l'appelle communément l'art de la sophistique.

La quatrième s'appelle l'arithmétique, elle enseigne l'art des nombres, comment calculer et faire des comptes de toutes choses.

La cinquième, la géométrie, enseigne toutes les dimensions et mesures, et le calcul des poids de toutes sortes.

La sixième est la musique qui enseigne l'art de chanter selon des notes par la voix, l'orgue, la trompe, la harpe et tout autre instrument.

La septième est l'astronomie qui enseigne le cours du soleil, de la lune et des autres étoiles et planètes du ciel.

Nous voulons parler principalement de l'invention de la noble science de la géométrie et dire qui en furent les fondateurs. Comme je l'ai déjà dit, il y a sept sciences libérales, c'est-à-dire sept sciences ou arts qui sont libres et nobles par eux-mêmes, lesquels sept n'existent que par géométrie. Et la géométrie est, on peut le dire, la mesure de la terre. Géométrie vient de geo qui veut dire "terre" en grec et metrona qui signifie "mesure", c'est-à-dire mesurage de la terre.

Ne vous étonnez pas que j'aie dit que toutes les sciences n'existent que grâce à la géométrie, car il n'y a pas métier ou travail fait de main d'homme qui ne se fasse par la géométrie et la raison en est évidente, car si un homme travaille de ses mains il travaille avec un certain outil et il n'y a pas d'instrument concret au monde qui n'ait son origine naturelle dans la terre et à la terre ne doive retourner. Et il n'existe aucun instrument, c'est-à-dire d'outil de travail qui ne soit basé sur des proportions.

Proportion implique mesure, et l'outil ou instrument appartient à la terre. Or la géométrie est mesure de la terre si bien que je peux dire que les hommes vivent tous de la géométrie, car tous les hommes ici-bas vivent du travail de leurs mains.

Je voudrais vous donner bien d'autres preuves de ce que la géométrie est la science qui fait vivre tous les hommes intelligents, mais j'abandonne ici ce point qu'il serait long de développer car à présent je voudrais avancer dans mon sujet.

Vous devez savoir que parmi tous les arts du monde, en tant que métier d'homme, la maçonnerie a la plus grande réputation et forme la majeure partie de cette science de la géométrie, comme il est dit et noté dans les récits de la Bible et chez le Maître des Histoires . Et dans le Polychronicon , chronique qui a fait ses preuves, dans les traités connus sous le nom de Bède , le De Imagine Mundi , les Étymologies d'Isidore , et dans Méthode évêque et martyr.

Et bien d'autres encore disent que la maçonnerie est l'élément principal de la géométrie ce qui peut se dire car elle fut la première à être inventée comme il est noté dans la Bible au premier livre, celui de la Genèse, au chapitre 4 (Genèse 4, 17). En outre les docteurs précités s'accordent là-dessus et certains d'entre eux l'affirment plus ouvertement et plus clairement que ce n'est dit dans la Genèse.

La descendance directe d'Adam, au cours du 7e âge adamique avant le déluge comprenait un homme appelé Lamech, lequel avait deux femmes, l'une nommée Ada et l'autre Sella. Par la première femme Ada il eut deux fils, l'un appelé Jabel (Yabal) et l'autre Jubal (Yubal).

L'aîné Jabel fut le premier à inventer la géométrie et la maçonnerie. Et il construisit des maisons et son nom se trouve dans la Bible : il est appelé le père de ceux qui habitent sous des tentes, c'est-à-dire des maisons d'habitation.

Il fut le maître maçon de Caïn et chef de tous ses travaux quand il construisit la cité de Hénoch, qui fut la première cité à être jamais construite. Et elle fut construite par Caïn fils d'Adam, et il la donna à son propre fils Hénoch et donna à la ville le nom de son fils et l'appela Hénoch, mais elle s'appelle maintenant Effraym.

C'est là que pour la première fois, la science de la géométrie et de la maçonnerie fut pratiquée et mise au point comme science et art. Aussi pouvons-nous dire qu'elle fut la base et le fondement de toute science et technique. et cet homme Jabel fut aussi appelé Pater Pastorum.

Le Maître des Histoires ainsi que Bède, le De Imagine Mundi, le Polychronicon et bien d'autres disent qu'il fut le premier à partager le sol afin que tout homme pût savoir quel était son terrain personnel et y travailler comme à son propre bien. En outre, il partagea les troupeaux de moutons si bien que chacun sut quels étaient ses moutons, aussi pouvons-nous dire qu'il fut l'inventeur de cette science.

Et son frère Jubal ou Tubal, fut l'inventeur de la musique et du chant comme Pictagoras le dit d'après le Polychronicon, Isidore dit de même dans ses Étymologies au 6e livre : il y note qu'il fut l'inventeur de la musique, du chant, de l'orgue et de la trompe et qu'il inventa cette science en écoutant le rythme des marteaux de son frère, qui était Tubal-Caïn.

Tout comme la Bible, en son chapitre 4e de la Genèse, dit que Lamech eut de son autre femme, qui s'appelait Sella, un fils et une fille dont les noms furent Tubal-Caïn pour le fils et Naama pour la fille. Certains disent, suivant le Polychronicon, qu'elle fut la femme de Noé mais nous ne saurions l'affirmer.

Vous devez savoir que son fils Tubal-Caïn fut l'inventeur de l'art du forgeron et des autres arts des métaux, c'est-à-dire, du fer de l'acier, de l'or et de l'argent selon certains docteurs. Quant à sa s¦ur Naama elle inventa le tissage, car auparavant on ne tissait pas mais on filait et maillait les tissus et on se faisait les habits qu'on pouvait. Naama inventa l'art de tisser et c'est pourquoi on l'appela art de femme.

Or ces trois frères et s¦ur apprirent que Dieu voulait se venger du péché par le feu ou par l'eau et ils s'efforcèrent de sauver les sciences qu'ils avaient inventées. Ils réfléchirent, et se dirent qu'il existait deux sortes de pierre dont l'une résiste au feu; cette pierre s'appelle marbre; et l'autre flotte sur l'eau - et on l'appelle lacerus .

Ainsi imaginèrent-ils d'écrire toutes les sciences qu'ils avaient inventées sur ces deux pierres ; au cas où Dieu se vengerait par le feu le marbre ne brûlerait pas et s'il choisissait l'eau, l'autre pierre ne coulerait pas.

Ils demandèrent à leur frère aîné Jabel de faire deux piliers de ces deux pierres à savoir de marbre et de lacerus et d'inscrire sur ces deux piliers toutes les sciences et techniques qu'ils avaient inventées. Il fit ainsi et acheva tout avant le Déluge.

S'ils savaient bien que Dieu allait envoyer sa vengeance, ils ignoraient par contre, si ce serait par le feu ou par l'eau. Par une sorte de prophétie ils savaient que Dieu allait envoyer l'un au l'autre. Ils écrivirent donc leurs sciences sur les deux piliers de pierre. Certains disent qu'ils gravèrent les sept sciences sur les pierres, sachant qu'allait venir un châtiment.

De fait Dieu envoya sa vengeance si bien que survint un tel déluge et que toute la terre fut noyée. Et tous les hommes sur terre périrent sauf huit : Noé et sa femme, ses trois fils et leurs femmes. De ces trois fils descend toute l'humanité. Ils avaient pour noms Sem, Cham et Japhet. Ce déluge fut appelé le Déluge de Noé car lui et ses enfants en échappèrent.

Et bien des années après ce déluge, on trouva les deux piliers et, suivant le Polychronicon, un grand clerc, du nom de Pictagoras trouva l'un et Hermès, le philosophe, trouva l'autre. Et ils se mirent à enseigner les sciences qu'ils y trouvèrent inscrites.

Toutes les chroniques et histoires, de clercs et la Bible surtout attestent de la construction de la Tour de Babylone. On en trouve le récit dans la Bible, Genèse chapitre 11. Comment Cham fils de Noé engendra Nemrod, comment celui-ci devint puissant sur terre et grandit tel un géant et quel grand roi il fut. Le commencement de son royaume fut le royaume de Babylone proprement dit, Arach, Archad, Chalan et le pays de Sennar. Et ce même Nemrod entreprit la tour de Babylone et il enseigna à ses ouvriers l'art de la maçonnerie à beaucoup de maçons, plus de soixante mille.

Et il leur accordait affection et protection, comme il est écrit dans le Polychronicon et chez le Maître des Histoires et en maints autres traités, sans compter le témoignage de la Bible au même chapitre 11 où il est dit qu'Assur, qui était proche parent de Nemrod, sortit du pays de Sennar et bâtit la ville de Ninive et plateas et bien d'autres encore.

Il est logique que nous exposions clairement de quelle manière les instructions du métier de maçon furent inventées et qui donna pour la première fois son nom à la maçonnerie.

Vous devez savoir ce qui est dit dans le Polychronicon et chez Méthode évêque et martyr : Assur était un noble seigneur de Sennar qui demanda au roi Nemrod de lui envoyer des maçons et des ouvriers spécialisés capables de l'aider dans la construction de la ville qu'il avait l'intention d'entreprendre.

Et Nemrod lui envoya trente centaines de maçons. Quand ils furent prêts à partir, il les convoqua pour leur dire « allez chez mon cousin Assur pour l'aider à construire une ville : mais veillez à bien vous conduire. Je vous donnerai donc des instructions à notre profit commun. Une fois auprès de ce seigneur veillez à être loyaux envers lui comme vous le seriez envers moi et faites loyalement votre travail et votre métier. Tirez-en un salaire raisonnable selon votre mérite. En outre, aimez-vous comme si vous étiez frères et restez unis loyalement. Que celui qui a un grand savoir l'enseigne à son compagnon. Veillez à bien vous conduire vis-à-vis de votre seigneur et entre vous. Que je puisse ainsi être remercié pour vous avoir envoyés et vous avoir appris le métier ».

Ils reçurent ainsi leurs instructions de celui qui était leur maître et seigneur, et partirent chez Assur bâtir la cité de Ninive dans le pays de plateas et bien d'autres villes qu'on appelle Cale et Jesen, qui est une grande ville entre Cale et Ninive.

C'est de cette manière que l'art de la maçonnerie fut pour la première fois présenté comme science, avec des instructions.

Les aînés qui nous précédèrent parmi les maçons firent mettre ces instructions par écrit : Nous les possédons maintenant parmi nos propres instructions dans le récit d'Euclide.

Nous les y avons vues rédigées à la fois en latin et en français. Mais il conviendrait que nous exposions maintenant comment cet Euclide s'intéressa à la géométrie, comme il est rapporté dans la Bible et en d'autres récits. Dans le 12e chapitre de la Genèse on nous dit comment Abraham vint au pays de Canaan, comment Notre Seigneur lui apparut et lui dit : « Je donnerai ce pays à ta descendance ». Mais une grande famine survint et Abraham prit Sara sa femme avec lui et alla en Égypte, avec l'intention d'y rester tant que durerait la famine,. Abraham était un homme sage et un grand clerc. Il connaissait les sept sciences et enseigna aux Égyptiens la science de la géométrie. Or notre noble clerc Euclide était son étudiant et apprit sa science. C'est lui qui lui donna pour la première fois le nom de géométrie car on la pratiquait avant qu'elle ne fût nommée géométrie. Il est dit dans les Étymologies d'Isidore, au livre cinq, qu'Euclide fut l'un des inventeurs de la géométrie et qu'il la nomma ainsi. Car de son temps il y avait au pays d'Égypte un fleuve nommé le Nil, et il se répandait si loin dans les terres que les gens ne pouvaient y habiter. Alors Euclide leur apprit à construire de grandes digues et fossés pour se protéger de l'eau. Par la géométrie il mesura le pays et le partagea en lots. Il ordonna à chacun d'enclore son propre lot de digues et de fossés. Le pays alors abonda en toutes sortes de rejetons, en jeunes gens et jeunes filles. Il y eut telle foule de jeunes qu'ils ne pouvaient plus vivre à l'aise.

Les seigneurs du pays se rassemblèrent et tinrent conseil pour savoir comment aider leurs enfants qui n'avaient pas de subsistance convenable, comment s'en procurer pour eux-mêmes et leurs enfants si nombreux. Parmi l'assemblée se trouvait Euclide. Quand il vit que personne ne trouvait de solution il leur dit « Voulez-vous confier vos fils à mes directives et je leur enseignerai une science telle qu'ils en vivront noblement, à condition que vous me juriez de suivre les directives que je donnerai à tous. » Le roi du pays et tous les seigneurs y consentirent. Il était logique que tous consentissent à cette affaire qui leur était profitable et ils confièrent leurs fils à Euclide pour qu'il les dirigeât à son gré et leur enseignât l'art de la maçonnerie.

Il lui donna le nom de géométrie à cause du partage des terrains, comme il l'avait enseigné aux gens du temps de la construction des digues et fossés mentionnés ci-dessus pour se protéger de l'eau. C'est Isidore qui dit dans ses Étymologies qu'Euclide appelle cette technique la géométrie.

Ainsi notre noble savant lui donna un nom et l'enseigna aux fils des seigneurs du pays dont il avait la charge. Et il leur donna pour instruction de s'appeler mutuellement compagnons et pas autrement parce qu'ils étaient du même métier, de naissance noble et fils de seigneurs. En outre celui qui serait le plus expert serait directeur de l'ouvrage et on l'appellerait maître.

Bien d'autres instructions se trouvent inscrites au Livre des instructions. Ainsi ils travaillèrent pour les seigneurs du pays et construisirent des cités, châteaux, temples et demeures seigneuriales. Tout le temps que les enfants d'Israël habitèrent en Égypte ils apprirent l'art de la maçonnerie.

Après qu'ils furent chassés d'Égypte ils arrivèrent en terre promise qui s'appelle maintenant Jérusalem. L'art y fut exercé et les instructions observées, ainsi que le prouve la construction du temple de Salomon, que commença le Roi David. Le Roi David aimait bien les maçons et leur donna des instructions fort proches de ce qu'elles sont aujourd'hui.

A la construction du Temple au temps de Salomon, comme il est dit dans la Bible au premier livre des rois chapitre cinq Salomon avait quatre-vingt mille maçons sur son chantier et le fils du roi de Tyr était son maître maçon. Il est dit chez d'autres chroniqueurs et en de vieux livres de maçonnerie que Salomon confirma les instructions que David son père avait données aux maçons. Et Salomon lui-même leur enseigna leurs coutumes, peu différentes de celles en usage aujourd'hui. Et dès lors cette noble science fut portée en France et en bien d'autres régions.

Il y eut autrefois un noble roi de France qui s'appelait Carolus secundus, c'est-à-dire Charles II. Et ce Charles fut choisi roi de France par la grâce de Dieu et aussi de sa naissance. Certains disent qu'il fut choisi par suite des événements, ce qui est faux puisque selon la chronique il était du sang des rois.

Ce même roi Charles fut maçon avant d'être roi. Après être devenu roi il accorda affection et protection aux maçons et leur donna des instructions et coutumes de son invention, qui sont encore en usage en France. Il leur ordonna aux maîtres et compagnons de tenir une assemblée une fois par an, d'y venir discuter et prendre des mesures concernant tout ce qui n'irait pas.

Peu de temps après arriva saint Adhabelle en Angleterre, et il convertit saint Alban au christianisme. Saint Alban aimait bien les maçons et le premier, il leur donna leurs instructions et coutumes pour la première fois en Angleterre. Il ordonna qu'on leur payât des gages suffisants pour leur travail. Il y eut ensuite un noble roi en Angleterre appelé Athelstan dont le plus jeune fils aimait bien la science de la géométrie. Il savait bien qu'aucun métier ne possédait la pratique de la science de la géométrie aussi parfaitement que celui des maçons, aussi leur demanda-t-il conseil et apprit-il la pratique de cette science correspondant à la théorie. Car il était instruit de la théorie. Il aimait bien la maçonnerie et les maçons et devint maçon lui-même. Et il leur donna les instructions et les noms en usage aujourd'hui en Angleterre et en d'autres pays. Il ordonna qu'on les payât raisonnablement.

Il obtint une patente du roi d'après laquelle ils pouvaient tenir une assemblée à leur convenance, quand ils verraient venu le moment opportun. On trouve mention de ces instructions, coutumes, assemblée et directives dans le Livre de nos instructions : je laisse donc ce point pour l'instant.

Bonnes gens, voici la cause et les circonstances des origines premières de la maçonnerie. Il arriva jadis que de grands seigneurs n'aient pas assez de revenus pour pouvoir établir leurs enfants nés libres, car ils en avaient trop. Ils délibérèrent donc sur le moyen d'établir leurs enfants et de leur montrer comment vivre honnêtement. Ils envoyèrent chercher de savants maîtres en la noble science de la géométrie afin que par leur savoir, ils leur montrent quelque honnête moyen de vivre.

Lors l'un d'eux, qui s'appelait Euglet , qui était fort subtil et savant inventeur, instaura une technique qu'il appela la maçonnerie. Cet art lui fournit l'honnête enseignement pour les enfants des grands seigneurs, à la demande des pères et au gré de leurs enfants.

Après un certain temps, quand ils eurent appris avec grand soin, ils ne furent pas tous capables de pratiquer l'art en question ; aussi le maître Euglet ordonna-t-il que ceux qui possédaient un meilleur savoir fussent honorés et il commanda qu'on appelât maître ceux qui étaient experts, afin qu'ils instruisent les moins habiles. Ils étaient appelés maîtres pour leur noblesse d'esprit et leur savoir. Néanmoins il commanda que ceux qui avaient moins d'esprit ne fussent pas appelés serviteurs ni sujets mais compagnons à cause de la noblesse de leur naissance.

C'est de cette façon que l'art en question commença en d'Égypte sous le magistère d'Euglet. Puis il se répandit de pays en pays, et de royaume en royaume.

Après bien des années, au temps du roi Athelstan qui fut jadis roi d'Angleterre, sur son ordre et celui d'autres grands seigneurs du pays, pour redresser de graves défauts trouvés chez les maçons, ils fixèrent une certaine règle entre eux.

Chaque année ou tous les trois ans comme le jugeraient nécessaire le roi et les grands seigneurs du pays et toute la communauté, des assemblées de maîtres maçons et compagnons seraient convoquées de province en province et de région en région par les maîtres. A ces congrégations les futurs maîtres seraient examinés sur les articles ci-après et mis à l'épreuve en ce qui concerne leurs capacités et connaissances, pour le plus grand bien des seigneurs qu'ils servent et le plus grand renom de l'art en question. En outre, ils recevront comme instruction de disposer avec honnêteté et loyauté des biens de leurs seigneurs, et ce, du haut en bas de l'échelle, car ils sont leurs seigneurs tout le temps qu'ils paient un salaire pour leur service et leur travail.

 

Article un : Tout maître doit être compétent et loyal envers le seigneur qu'il sert, disposer de ses biens loyalement comme il le ferait des siens propres, ne pas donner une plus grande paye à aucun maçon que celle qu'il mérite, vu le manque de céréales et de vivres dans la région ; et n'accepter aucune faveur afin que tous soient récompensés d'après leur travail.

 Article deux : Tout maître sera prévenu de venir à cette congrégation afin d'y venir ponctuellement sauf s'il a quelque excuse. Cependant s'il est convaincu de rébellion à de telles congrégations ou de faute impliquant préjudice à son seigneur et tort à notre art, il ne doit avancer aucune sorte d'excuse, sauf s'il est en danger de mort et, bien qu'il soit en danger de mort, il doit informer de sa maladie, le maître qui préside au rassemblement.

 Article trois : Aucun maître ne prendra d'apprenti pour un stage inférieur à sept années au minimum parce que celui qui aurait un stage plus court ne serait guère capable d'être à la hauteur de son art, ni de servir loyalement son seigneur en s'appliquant comme un maçon doit le faire.

 Article quatre : Aucun maître, quel qu'en soit l'avantage, ne prendra d'apprenti né de sang servile, car son seigneur à qui il est asservi l'enlèverait à notre métier et il l'emmènerait avec lui hors de la loge ou de l'endroit de son travail ; ses compagnons risqueraient alors d'aller à son aide, de provoquer une altercation, et mort d'homme pourrait s'en suivre. Cela est interdit. Sans compter que son métier débuta avec des enfants de grands seigneurs de naissance libre, comme il est dit ci-dessus.

 Article cinq : Aucun maître ne donnera plus qu'il mérite à son apprenti pendant son apprentissage afin d'en tirer profit, ni pas assez pour que le seigneur du chantier où il travaille puisse tirer quelque profit de son enseignement.

 Article six : Aucun maître, par avarice ou âpreté au gain, ne prendra d'apprenti à enseigner qui soit difforme, c'est-à-dire ayant quelque défaut qui l'empêche de travailler comme il le devrait.

 Article sept : Aucun maître ne doit être complice, apporter secours ou procurer aide et assistance à un rôdeur venu voler. À cause de ces expéditions nocturnes on ne saurait accomplir son travail et labeur de jour. Dans ces conditions ses compagnons pourraient se mettre en colère.

 Article huit : S'il arrive qu'un maçon excellent et compétent vienne chercher du travail et trouve un ouvrier incompétent et ignare, le maître du chantier doit accueillir le bon maçon et renvoyer le mauvais, pour le bien de son seigneur.

Article neuf : Aucun maître ne doit en supplanter un autre car il est dit dans l'art de la maçonnerie que nul ne finirait aussi bien un travail entrepris par un autre, à l'avantage de son seigneur, aussi bien que l'autre le commença dans l'intention de le finir lui-même.

 

Autres conseils.

Ces conseils viennent de divers seigneurs et maîtres de différentes provinces et congrégations de maçonnerie.

 Premier point.

Il faut savoir que qui désire embrasser l'état de l'art en question doit d'abord principalement aimer Dieu et la sainte Église et tous les saints et son maître et ses compagnons comme ses propres frères.

 Second point.

Il doit accomplir loyalement la journée de travail t pour laquelle il reçoit son salaire.

 Troisième point.

Il peut tenir secret l'avis de ses compagnons en loge et chambre et partout où maçons se retrouvent.

 Quatrième point.

Il ne doit faire aucune malfaçon dans l'art en question, ne porter préjudice, ni ne soutenir aucun règlement nuisible au métier ou à quiconque du métier. Au contraire il doit le soutenir en tout honneur autant qu'il le peut.

 Cinquième point.

Quand il recevra son salaire, qu'il le fasse humblement au moment fixé par le maître et qu'il remplisse les conditions de travail et de repos convenues et fixées par le maître.

 Sixième point.

Si quelque dispute surgit entre lui et ses compagnons il doit rester tranquille et obéir humblement aux ordres de son maître ou du responsable de son maître au cas où le maître serait absent, jusqu'au prochain congé et s'arranger alors avec ses compagnons, en dehors d'un jour de travail, si non, ce serait préjudiciable à leur travail et au bien du seigneur.

 Septième point.

Qu'il ne convoite pas la femme ni la fille de ses maîtres ni de ses compagnons sauf dans les liens de mariage et n'entretienne pas de concubines, de crainte des disputes qui pourraient survenir.

 Huitième point.

S'il lui arrive de devenir responsable sous l'autorité de son maître, qu'il soit un intermédiaire loyal entre son maître et ses compagnons, qu'il s'active pendant l'absence de son maître pour l'honneur du maître et le bien du seigneur qu'il sert.

 Neuvième point.

S'il est plus savant et plus subtil que son compagnon qui travaille avec lui dans sa loge ou dans quelque autre endroit et qu'il s'aperçoit qu'il risque de blesser la pierre sur laquelle il travaille par manque de science, il peut lui apprendre comment faire et il peut corriger la taille. Il lui en touchera un mot et l'aidera pour le plus grand bien de leur mutuelle affection et afin que l'¦uvre pour le seigneur ne soit pas abîmée.

Quand le maître et les compagnons, prévenus, se sont rendus à de telles congrégations, en cas de besoin, le shérif de la région ou le maire de la cité ou le conseiller de la ville où se tient la congrégation devra être compagnon et associé au maître de la congrégation pour l'aider contre les rebelles et faire prévaloir les lois du royaume.

Tout d'abord les nouveaux qui ne furent jamais instruits auparavant reçoivent des instructions suivant lesquelles ils ne doivent jamais être voleurs ni complices de voleurs, qu'ils doivent loyalement accomplir leur journée de travail et gagner le salaire qu'ils recevront de leur seigneur ; qu'ils rendront des comptes véridiques à leurs compagnons dans les affaires qui le requièrent et leur accorderont attention et affection comme à eux-mêmes.

Ils doivent être loyaux au roi d'Angleterre et au royaume et observer de toute leur force les articles mentionnés ci-dessus. Après quoi on s'enquerra de savoir si un maître ou compagnon, prévenu, à contrevenu à l'un de ces articles, ce qui, dans l'affirmative, devra alors être discuté.

C'est pourquoi il faut savoir que si un maître ou compagnon, convoqué à l'avance à de telles congrégations, se révolte et refuse de venir ou bien s'il a enfreint l'un des dits articles, et que cela peut être prouvé, il devra abandonner son art de maçon et renoncer à son métier. S'il a l'audace de continuer, le shérif de la région où on risque de le trouver au travail doit le mettre en prison, confisquer tous ses biens et les remettre au roi jusqu'à ce que le pardon royal lui soit octroyé et manifesté. C'est principalement pourquoi ces congrégations sont prévues afin que chacun, du haut en bas de l'échelle, soit bien et loyalement servi en cet art de maçonnerie par tout le royaume d'Angleterre.

 

Amen ainsi soit-il.

 

 

Nous conseillons la lecture de l'ouvrage suivant : "La franc-maçonnerie : documents fondateurs" Editions l'Herne  – 11 octobre 2007 ouvrage collectif sous la direction de Frederick Tristan
Manuscrit Regius
Manuscrit Cooke
La Compagnie des Maçons de Londres
Ordonnances pour la cathédrale d'York
Règlements pour le métier des Maçons
Un manuscrit perdu reconstitué
Le manuscrit Grand Lodge n° 1
Le manuscrit William Watson
Le manuscrit Dumfries n° 4
Le manuscrit Sloane
Le manuscrit Trinity College
Documents du XVIIe siècle relatifs à la franc-maçonnerie
Le manuscrit des Archives d'Edimbourg
Le manuscrit Chetwode Crawley
Le manuscrit Graham
La Confession d'un Maçon
Examen d'un Maçon
Le manuscrit Wilkinson
La Maçonnerie disséquée
Vers la Maçonnerie spéculative

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- dans HISTOIRE
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Manuscrit LE REGIUS 1390 (OLD CHARGES)

 

 

Avec le Ms le COOKE de 1410, il est le plus ancien texte connu de la Maçonnerie opérative anglaise, poème écrit vers 1390 en 794 vers de 8 pieds chacun.
(Traduction du texte publié en 1840 par Halliwel)

On retiendra l’aspect professionnel du texte. On y fait état des devoirs et des obligations, justifiant sa qualité d’Ancien Devoir.

On retiendra la légende du métier et le passage sur les Quatres couronnés, la tour de Babel et les 7 Arts libéraux constituant d’après nous l’échelle initiatique des maçons du Moyen-Âge.

Ce texte est à l’évidence catholique romain par ses références à la Sainte Eglise, à Marie. Il constituera la base de référence des constitutions des maçons spéculatifs.

 

Ici commencent les statuts de l'art
De Géométrie selon Euclide.

Celui qui voudra lire et chercher
Pourra trouver écrite dans un vieux livre
L'histoire de grands seigneurs et grandes dames,
Qui, certes, avaient beaucoup d'enfants;
Mais n'avaient pas de revenus pour en prendre soin,
Ni en ville, ni à la campagne ou dans les bois;
Ils tinrent ensemble conseil pour eux,

Et décidèrent pour leur bien,
Comment ils pourraient mieux mener leur vie
Sans inconfort, ni souci ni lutte;
Et encore pour la multitude qui viendra

Ils envoyèrent chercher de grands clercs,
Pour leur enseigner alors de bons métiers;

Et nous les prions, pour l'amour de notre Seigneur,
Pour nos enfants de trouver un travail,
Pour qu'ils puisent ainsi gagner leur vie,
Tant bien qu'honnêtement en toute sécurité.
En ce temps-là, par la bonne géométrie,
Cet honnête métier qu'est la bonne maçonnerie
Fut constitué et crée ainsi,
Conçu par ces clercs ;
Sur la prière de ces seigneurs ils inventèrent la géométrie,

Et lui donnèrent le nom de maçonnerie,
A ce plus honnête de tous les métiers.
Les enfants de ces seigneurs s'appliquèrent,
A apprendre de lui le métier de géométrie,
Ce qu'il fit très soigneusement;

A la prière des pères et des mères aussi,
Il les mit à cet honnête métier.
Celui qui apprenait le mieux, et était honnête,
Et surpassait ses compagnons en attention,
Si dans ce métier il les dépassait,
Il devait être plus honoré que le dernier,
Le nom de ce grand clerc était Euclide,
Son nom se répandait fort loin.
Pourtant ce grand clerc ordonna
A celui qui était plus élevé dans ce degré,
Qu'il devait enseigner les plus simples d'esprit
Pour être parfait en cet honnête métier;
Et ainsi ils doivent s'instruire l'un l'autre,
Et s'aimer ensemble comme soeur et frère.

Il ordonna encore que,
Maître doit il être appelé;
Afin qu'il soit le plus honoré,
Alors il devait être nommé ainsi;
Mais jamais maçons ne doivent appeler un autre,

Au sein du métier parmi eux tous,
Ni sujet ni serviteur, mon cher frère,
Même s'il est moins parfait qu'un autre;
Chacun appellera les autres compagnons par amitié,
Car ils sont nés de nobles dames.

De cette manière, par la bonne science de géométrie,
Commença le métier de la maçonnerie;
Le clerc Euclide le fonda ainsi,

Ce métier de géométrie au pays d'Egypte.
En Egypte il l'enseigna tout autour,
Dans diverses pays de tous côtés;
Pendant de nombreuses années, je croix,
Avant que ce métier arrive dans ce pays.

Ce métier arriva en Angleterre, comme je vous dis,
Au temps du bon Roi Athelstane,
Il fit construire alors tant manoir que même bosquet,
Et de hauts temples de grand renom,
Pour s'y divertir le jour comme la nuit,
Ce bon seigneur aimait beaucoup ce métier,
Et voulut le consolider de toutes ses parties,
A cause de divers défauts qu'il trouva dans le métier;

Il envoya à travers le pays
Dire à tous les maçons du métier,
De venir vers lui sans délai,
Pour amender ces défauts tous
Par bon conseil, autant que possible.
Une assemblée alors il réunit
De divers seigneurs en leur rang,
Des ducs, comtes, et barons aussi,
Des chevaliers, écuyers et maintes autres,
Et les grands bourgeois de cette cité,
Ils étaient tous là chacun à son rang;
Ils étaient là tous ensemble,
Pour établir le statut de ces maçons,
Ils y cherchaient de tout leur esprit,
Comment ils pourraient le gouverner;

Quinze articles ils voulaient écrire,
Et quinze points ils y ont crées,

Article 1.

Le premier article de cette géométrie;-
Le maître maçon doit être digne de confiance
A la fois constant, loyal et vrai,
Il ne l'aura alors jamais à regretter;
Tu dois payer tes compagnons selon le cours,
Des victuailles, tu le sais bien;
Et paie les justement, et de bonne foi,
Ce qu'ils peuvent mériter;
Et évites soit par amour soit par crainte,
D'aucune des parties d'accepter des avantages;
Du seigneur ni du compagnon, qui que ce soit,
D'eux tu ne prends aucune sorte de paiement;
Et en juge tiens toi intègre,
Et alors aux deux tu rendra leur bon droit;
Et véritablement fais ceci où que tu ailles,
Ton honneur, ton profit, sera le meilleur.

Article 2.

Le second article de bonne maçonnerie,
Comme vous devez ici l'entendre particulièrement,
Que tout maître, qui est maçon,
Doit assister au rassemblement général,
Pour que précisément il lui soit dit
Le lieu où l'assemblée se tiendra.

Et à cette assemblée il doit se rendre,
Sauf s'il a une excuse raisonnable,
Ou qu'il soit désobéissant à ce métier
Ou s'abandonne au mensonge,
Ou qu'il soit atteint d'une maladie si grave,
Qu'il ne puisse venir parmi eux;
Cela est une excuse bonne et valable,
Pour cette assemblée, si elle est sincère.

Article 3.

Le troisième article est en vérité,
Que le maître ne prenne aucun Apprenti,
Sauf s'il peut lui assurer de le loger
sept ans chez lui, comme je vous dis,
Pour apprendre son métier, qui soit profitable;
En moins de temps il ne sera pas apte
Au profit du seigneur, ni le sien
Comme vous pouvez le comprendre par bonne raison.

Article 4.

Le quatrième article ceci doit être,
Que le maître doit bien veiller,
A ne pas prendre un serf comme Apprenti,
Ni l'embaucher pour son propre profit,
Car le seigneur auquel il est lié,
Peut chercher le 'Apprentis où qu'il aille.
Si dans la loge il était pris,
Cela pourrait y faire beaucoup de désordre,
Et un pareil cas pourrait arriver,
Que cela pourrait chagriner certains, ou tous.

Car tous les maçons qui y seront
Se ensemble se tiendront réunis.
Si un tel dans le métier demeurait,
De diverses désordres vous pourrez parler:
Alors pour plus de paix, et honnêteté,
Prenez un Apprenti de meilleure condition.
Dans d'ancien écriture je trouve,
Que l' Apprenti doit être de naissance noble;
Et ainsi parfois, des fils de grands seigneurs
Ont adopté cette géométrie qui est très bonne.

Article 5.

Le cinquième article est très bon,
Que l' Apprenti soit de naissance légitime;
Le maître ne doit, sous aucun prétexte,
Prendre un Apprenti qui soit difforme;
Cela signifie, comme vous le verrez
Qu'il ait tous ses membres entiers ensemble;
Pour le métier cela serait grande honte,
De former un homme estropié ou un boiteux,
Car un homme imparfait de telle naissance
Ne serait que peu utile au métier.
Ainsi chacun de vous peut comprendre,
Le métier veut un homme puissant;
Un homme mutilé n'a pas de force,
Vous devez le savoir depuis longtemps.

Article 6.

Le sixième article vous ne devez pas manquer
Que le maître ne doit pas porter préjudice au seigneur,
En prenant au seigneur pour son Apprenti,
Autant que reçoivent ses compagnons, en tout,
Car dans ce métier ils se sont perfectionnés,
Ce que lui n'est pas, vous devez le comprendre.
Ainsi il serait contraire à bonne raison,
De prendre pour lui égal salaire à celui des compagnons.
Ce même article dans ce cas,
Ordonne que son Apprenti gagne moins
Que ses compagnons, qui sont parfaits.
Sur divers points, sachez en revanche,
Que le maître peut instruire son Apprenti tel,
Que son salaire puisse augmenter rapidement,
Et avant que son apprentissage soit terminé,
Son salaire pourrait s'améliorer de beaucoup.

Article 7.

Le septième article que maintenant voici,
Vous dira pleinement à tous ensemble,
Qu'aucun maître ni par faveur ni par crainte,
Ne doit vêtir ni nourrir aucun voleur.
Des voleurs il n'en hébergera jamais aucun,
Ni celui qui a tué un homme,
Ni celui qui a mauvaise réputation,
De crainte que cela fasse honte au métier.

Article 8.

Le huitième article vous montre ainsi,
Ce que le maître a bien le droit de faire.
S'il emploie un homme du métier,
Et qu'il ne soit pas aussi parfait qu'il devrait,
Il peut le remplacer sans délai,
Et prendre à sa place un homme plus parfait.
Un tel homme, par imprudence,
Pourrait faire déshonneur au métier.

Article 9.

Le neuvième article montre fort bien,
Que le maître doit être sage et fort;
Qu'il n'entreprenne aucun ouvrage,
Qu'il ne puisse achever et réaliser;
Et que ce soit aussi au profit des seigneurs,
Ainsi qu'à son métier, où qu'il aille,
Et que les fondations soient bien construites,
Pour qu'il y ait ni fêlure ni brèche.

Article 10.

Le dixième article sert à savoir,
Parmi tous dans le métier, grands ou modestes,
Qu'aucun maître ne doit supplanter un autre,
Mais être ensemble comme des frères,
Dans ce singulier métier, tous quels qu'ils soient,
Qui travaillent sous un maître maçon.
Ni doit il supplanter aucun homme,
Qui s'est chargé d'un travail,
La peine pour cela est tellement forte,
Qu'elle ne pèse pas moins de dix livres,
A moins qu'il soit prouvé coupable,
Celui qui avait d'abord pris le travail en main;
Car nul homme en maçonnerie
Ne doit supplanter un autre impunément,
Sauf s'il a construit de telle façon,
Que cela réduit l'ouvrage à néant;
Alors un maçon peut solliciter ce travail,
Pour le sauver au profit des seigneurs
Dans un tel cas, si cela arrivait,
Aucun maçon ne s'y opposera.
En vérité celui qui a commencé les fondations,
S'il est un maçon habile et solide,
A fermement dans l'esprit,
De mener l' oeuvre à entière bonne fin.

 

 

Article 11.

L'onzième article je te le dis,
est à la fois juste et franc;
Car il enseigne, avec force,
Qu'aucun maçon ne doit travailler de nuit,
A moins de s'exercer à l'étude,
Par laquelle il pourra s'améliorer

Article 12.

Le douzième article est de grande honnêteté
Pour tout maçon, où qu'il se trouve,
Il ne doit pas déprécier le travail de ses compagnons,
S'il veut sauvegarder son honneur;
Avec des paroles honnêtes il l'approuvera,
Grâce à l'esprit que Dieux t'a donné;
Mais en l'améliorant de tout ton pouvoir,
Entre vous deux sans hésitation.

Article 13.

Le treizième article, que Dieu me garde,
C'est, que si le maître a un Apprenti,
Il l'enseignera de manière complète,
Et qu'il puisse apprendre autant de points,
Pour qu'il connaisse bien le métier,
Où qu'il aille sous le soleil.

Article 14.

Le quatorzième article par bonne raison,
Montre au maître comment agir;
Il ne doit prendre Apprenti,
A moins d'avoir diverses tâches à faire,
Pour qu'il puisse pendant son stage,
Apprendre de lui diverses points.

Article 15.

Le quinzième article est le dernier,
Car pour le maître il est un ami;
Pour lui enseigner qu'envers aucun homme,
Il ne doit adopter un comportement faux,
Ni suivre ses compagnons dans leur erreur,
Quelque bien qu'il puisse y gagner;
Ni souffrir qu'ils fassent de faux serments,
Par souci de leurs âmes,
Sous peine d'attirer sur le métier la honte,
Et sur lui-même un blâme sévère.

Divers statuts.

Dans cette assemblée des points furent adoptés en plus,
Par de grands seigneurs et maîtres aussi.
Le premier point veut que celui qui voudrait connaître ce métier
et l'embrasser,
Doit bien aimer Dieu et la sainte église toujours,
Et son maître aussi avec qui il est,
Où qu'il aille par champs ou par bois,
Et aimes aussi tes compagnons,
Car c'est ce que ton métier veut que tu fasses.

Second point.

Le second point ,
Que le maçon travaille le jour ouvrables,
Aussi consciencieusement qu'il le pourra,
Afin de mériter son salaire pour le jour de repos,
Car celui qui a vraiment fait son travail,
Méritera bien d'avoir sa récompense.

Troisième point.

Le troisième point doit être sévère,
Avec l'apprentis, sachez le bien,
Le conseil de son maître il doit garder et cacher,
Et de ses compagnons de bon gré;
Des secrets de la chambre il ne parlera a nul homme,
Ni de la loge quoi qu'ils y fassent;
Quoi que tu entendes ou les vois faire,
Ne le dis à personne où que tu ailles;
Les propos dans la salle, et même au bosquet,
Gardes les bien pour ton grand honneur,
Sans quoi cela tournera pour toi au blâme,
Et apportera au métier grande honte.

Quatrième point.

Le quatrième point nous enseigne aussi,
Que nul homme à son métier sera infidèle;
Aucune erreur il n'entretiendra
Contre le métier, mais y renoncera;
Ni aucun préjudice il causera
A son maître, ni a son compagnon;
Et bien que l' Apprenti soit tenu au respect,
Il est toutefois soumis à la même loi.

Cinquième point.

Le cinquième point est sans nul doute,
Que lorsque le maçon prendra sa paie
Du maître, qui lui est attribué,
Humblement acceptée elle doit être;
Cependant il est juste que le maître,
L'avertisse dans les formes avant midi,
S'il n'a plus l'intention de l'employer,
Comme il le faisait auparavant;
Contre cet ordre il ne peut se débattre,
S'il réfléchit bien c'est dans son intérêt

Sixième point.

Le sixième point doit être bien connu,
De tous grands et modestes,
Car un tel cas pourrait arriver;
Qu'entre quelques maçons, sinon tous,
Par envie ou haine mortelle,
S'éclate une grande dispute.
Alors le maçon doit, s'il le peut,
Convoquer les deux parties un jour fixé;
Mais ce jour-là ils ne feront pas la paix,
Avant que la journée de travail soit bien finie,
Un jour de congé vous devez bien pouvoir trouver,
Assez de loisir pour placer la réconciliation,
De peur qu'en la plaçant un jour ouvré
La dispute ne les empêche de travailler;
Faites en sorte qu'ils en finissent.
De manière à ce qu'ils demeurent bien dans la loi de Dieu.

 

Septième point.

Le septième point pourrait bien dire,
Comment bien longue vie Dieu nous donne,
Ainsi il le reconnaît bien clairement,
Tu ne coucheras pas avec la femme de ton maître,
Ni de ton compagnon, en aucune manière,
Sous peine d'encourir le mépris du métier;
Ni avec la concubine de ton compagnon,
Pas plus que tu ne voudrais qu'il couche avec la tienne.
La peine pour cela qu'on le sache bien,
Est qu'il reste Apprenti sept années pleines,
Celui qui manque à une de ces prescriptions
Alors il doit être châtié;
Car un grand souci pourrait naître,
D'un aussi odieux péché mortel.

Huitième point.

Le huitième point est, assurément,
Si tu as reçu quelque charge,
A ton maître reste fidèlement soumis,
Car ce point jamais tu ne le regretteras;
Un fidèle médiateur tu dois être,
Entre ton maître et tes compagnons libres;
Fais loyalement tout ce que tu peux,
Envers les deux parties, et cela est bonne justice.

Neuvième point.

Le neuvième point s'adresse à celui,
Qui est l'intendant de notre salle,
Si vous vous trouvez en chambre ensemble,
Servez vous l'un l'autre avec calme gaieté;
Gentils compagnons, vous devez le savoir,
Vous devez être intendant chacun à votre tour,
Semaine après semaine sans aucun doute,
Tous doivent être intendant à leur tour,
Pour servir les uns et les autres aimablement,
Comme s'ils étaient soeur et frère;
Nul ne se permettra aux frais d'un autre
De se libérer pour son avantage,
Mais chaque homme aura la même liberté
Dans cette charge, comme il se doit;
Veille à bien payer tout homme toujours,
A qui tu as acheté des victuailles,
Afin qu'on ne te fasse aucune réclamation,
Ni à tes compagnons à aucun titre,
A tout homme ou femme, qui que ce soit,
Paies les bien et honnêtement, nous le voulons;
A ton compagnon tu en rendras compte exacte,
De ce bon paiement que tu as fait,
De peur de le mettre dans l'embarras,
Et de l'exposer à un grand blâme.
Toutefois bon comptes il doit tenir
De tous les biens qu'il aura acquis,
Des dépenses que tu auras fait sur le bien de tes compagnons,
Du lieu, des circonstances et de l'usage;
De tels comptes tu dois rendre,
Lorsque tes compagnons te les demandent.

Dixième point.

Le dixième point montre la bien bonne vie,
Comment vivre sans souci ni dispute;
Si le maçon mène une vie mauvaise,
Et dans son travail il est malhonnête,
Et se cherche une mauvaise excuse
Il pourra diffamer ses compagnons injustement,
Par de telles calomnies infâmes
Attirer le blâme sur le métier.
S'il déshonore ainsi le métier,
Vous ne devez alors lui faire aucune faveur,
Ni le maintenir dans sa mauvaise vie,
De peur que cela ne tourne en tracas et conflit;
Mais ne lui laissez aucun sursis,
Jusqu'à ce que vous l'ayez contraint,
A comparaître où bon vous semble,
Où vous voudrez, de gré ou de force,
A la prochaine assemblée vous le convoquerez,
A comparaître devant tout ses compagnons,
Et s'il refuse de paraître devant eux,
Il lui faudrait renoncer au métier;
Il sera alors puni selon la loi
Qui fut établie dans les temps anciens.

Onzième point.

Le onzième point est de bonne discrétion,
Comme vous pouvez le comprendre par bonne raison;
Un maçon qui connaît bien son métier,
Qui voit son compagnon tailler une pierre,
Et qu'il est sur le point d'abîmer cette pierre,
Reprends-la aussitôt si tu le peux,
Et montre-lui comment la corriger,
Pour que l' oeuvre du seigneur ne soit pas abîmé,
Et montre-lui avec douceur comment la corriger,
Avec de bonnes paroles, que Dieu te prête;
Pour l'amour de celui que siège là-haut,
Avec de douces paroles nourris son amitié.

Douzième point.

Le douzième point est d'une grande autorité,
Là où l'assemblée se teindra,
Il y aura des maîtres et des compagnons aussi,
Et d'autres grands seigneurs en grand nombre;
Il y aura le shérif de cette contrée,
Et aussi le maire de cette cité,
Il y aura des chevaliers et des écuyers,
Et aussi des échevins, comme vous le verrez;
Toutes les ordonnances qu'ils prendrons là,
Ils s'accorderont pour les faire respecter,
Contre tout homme, quel qu'il soit,
Qui appartient au métier beau et libre.
S'il fait quelque querelle contre eux,
Il sera arrêté et tenu sous garde.

Treizième point.

Le treizième point requiert toute notre volonté,
Il jurera de ne jamais voler,
Ni d'aider celui dans cette mauvaise profession,
Pour aucune part de son butin,
Et tu dois le savoir ou alors pécher,
Ni pour son bien, ni pour sa famille.

Quatorzième point.

Le quatorzième point est excellente loi
Pour celui qui sera sous la crainte;
Un bon et vrai serment il doit prêter là,
A son maître et ses compagnons qui sont là;
Il doit être constant et fidèle aussi
A toutes ces ordonnances, où qu'il aille,
Et a son seigneur lige le roi,
De lui être fidèle par-dessus tout
.
Et tous ces points ci-dessus
A eux tu dois être assermenté,
Et tous prêteront le même serment
Des maçons, de gré ou de force.
A tous ces points ci-dessus,
Ainsi que l'a établie une excellente tradition.
Et ils enquêteront sur chaque homme
S'il les met en pratique de son mieux,
Si un homme est reconnu coupable
Sur l'un de ces points en particulier;
Qu'on le recherche, quel qu'il soit,
Et qu'il soit amené devant l'assemblée.

Quinzième point.

Le quinzième point est excellente tradition,
Pour ceux qui auront là prêté serment,
Cette ordonnance qui fut arrêtée par l'assemblée
De grands seigneurs et maîtres dont on a parlé;
Pour ceux qui soient désobéissants, je sais,
A la présente constitution,
De ces articles qui y furent édictés,
Par de grands seigneurs et maçons ensemble,
Et si leurs fautes sont mises au jour
Devant cette assemblée, tantôt,
Et s'ils ne veulent pas s'en corriger,
Alors ils doivent abandonner le métier;
Et jurer de ne plus jamais l'exercer.
Sauf s'ils acceptent de s'amender,
Ils n'auront plus jamais part au métier;
Et s'ils refusaient de faire ainsi,
Le shérif se saisira d'eux sans délai,
Et les mettra dans un profond cachot,
A cause de leur transgression,
Il confisquera leurs biens et leur bétail
Au profit du roi, en totalité,
Et les y laissera aussi longtemps,
Qu'il plaira à notre lige le roi.

L'art des quatre couronnés.

Prions maintenant Dieu tout-puissant,
Et sa mère Marie radieuse,

Afin que nous puissions garder ces articles,
Et les points tous ensembles,
Comme le firent ces quatre saints martyres,
Qui dans ce métier furent tenus en grand honneur,
Ils étaient aussi bons maçons qu'on puisse trouver sur la terre,
Sculpteurs et imagiers ils étaient aussi,
Car c'étaient des ouvriers d'élite,
L'empereur les tenait en grande estime;
Il désira qu'ils fassent une statue
Qu'on vénérera en son honneur;
En son temps il possédait de tels monuments,
Pour détourner le peuple de la loi du Christ.

Mais eux demeuraient ferme dans la loi du Christ,
Et dans leur métier sans compromis;
Ils aimaient bien Dieu et tout son enseignement,
Et s'étaient voués à son service pour toujours.
En ce temps là ils furent des hommes de vérité,
Et vécurent droitement dans la loi de Dieu;
Ils n'entendaient pas de fabriquer des idoles,
Quelque bénéfices qu'ils puissent en retirer,
Ni prendre cette idole pour leur Dieu,
Ils refusèrent de le faire, malgré sa colère;
Car ils ne voulaient pas renier leur vraie foi,
Et croire à sa fausse loi,
L'empereur les fit arrêter sans délai,
Et les mit dans un profond cachot;
Plus cruellement il les y punissait,
Plus ils se réjouissaient dans la grâce de Dieu,
Alors quand il vit qu'il ne pouvait plus rien,
Il les laissait alors aller à la mort;
Celui qui voudra, trouvera dans le livre
De la légende des saints,
Les noms des quatre couronnés.
Leur fête est bien connue, Le huitième jour après la Toussaint.

Ecoutez ce que j'ai lu,
Que beaucoup d'années après, à grand effroi
Le déluge de Noë eut déferlé,
La tour de Babel fut commencée,
Le plus gros ouvrage de chaux et de pierre,
Que jamais homme ait pu voir;
Si long et si large on l'entreprit,
Que sa hauteur jeta sept miles d'ombre,
Le Roi Nabuchodonosor le fit construire
Aussi puissant pour la défense des hommes,
Que si un tel déluge surviendrait,
Il ne pourrait submerger l'ouvrage;
Parce qu'ils avaient un orgueil si fier, avec grande vantardise
Tout ce travail fut ainsi perdu;
Un ange les frappa en diversifiant leurs langues,
Si bien qu'ils ne se comprenaient plus jamais
l'un l'autre.

Bien des années plus tard, le bon clerc Euclide
Enseigna le métier de géométrie partout autour,
Et il fit en ce temps-là aussi,
Divers métiers en grand nombre.
Par la haute grâce du Christ au ciel,
Il fonda les sept sciences;

Grammaire est la première, je le sais,
Dialectique la seconde, je m'en félicite,
Rhétorique la troisième sans conteste,
Musique la quatrième, je vous le dis,
Astronomie est la cinquième, par ma barbe,
Arithmétique la sixième, sans aucun doute,
Géométrie la septième, clôt la liste,
Car elle est humble et courtoise,

En vérité, la grammaire est la racine,
Chacun l'apprend par le livre;
Mais l'art dépasse ce niveau,
Comme le fruit de l'arbre vaut plus que la racine;
La Rhétorique mesure un langage soigné,
Et la Musique est un chant suave;
L'Astronomie dénombre, mon cher frère,
L'Arithmétique montre qu'une chose est égale à une autre,
La Géométrie est la septième science,
Qui distingue le vrai du faux, je sais
Que ce sont les sept sciences,
Celui qui s'en sert bien peut gagner le ciel.

Maintenant mes chers enfants, ayez bon esprit
Pour laisser de côté orgueil et convoitise,
Et appliquez vous à bien juger,
Et à bien vous conduire, où que vous allez.

Maintenant je vous prie d'être bien attentifs,
Car ceci vous devez savoir,
Mais vous devez en savoir bien plus encore,
Que ce que vous trouvez écrit ici.
Si l'intelligence te fait défaut pour cela,
Prie Dieu de te l'envoyer;
Car le Christ lui-même nous l'enseigne
Que la sainte église est la maison de Dieu,
Elle n'est faite pour rien d'autre
Que pour y prier, comme nous le dit l'Ecriture,
Là le peuple doit se rassembler,
Pour prier et pour pleurer leurs péchés.

Veille à ne pas arriver à l'église en retard,
Pour avoir tenu des propos paillards à la porte;
Alors quand tu es en route vers l'église,
Aie bien en tête à tout instant
De vénérer ton seigneur Dieu jour et nuit,
De tout ton esprit et de toute ta force.
En arrivant à la porte de l'église
Tu prendras un peu de cette eau bénite,
Car chaque goutte que tu toucheras,
Effacera un péché véniel, sois-en sûr.

Mais d'abord tu dois ôter ton capuchon,
Pour l'amour de celui qui est mort sur la croix.
Quand tu entreras dans l'église,
Elève ton coeur vers le Christ, aussitôt;
Lève alors les yeux vers la crois,
Et agenouille toi bien à deux genoux,
Puis prie-le alors de t'aider à oeuvrer,
Selon la loi de la sainte église,
A garder les dix commandements,
Que Dieu donna à tous les hommes;

Et prie-le d'une voix douce
De te garder des sept péchés,
Afin que tu puisse ici, dans cette vie,
Te garder loin des soucis et des querelles;
Et que de plus il t'accorde la grâce,
Pour trouver une place dans la béatitude du ciel.

Dans la sainte église abandonne les paroles frivoles
De langage lascive et plaisanteries obscènes,
Et mets de côté toute vanité,
Et dis ton pater noster et ton ave;
Veille aussi à ne pas faire de bruit,
Mais sois toujours dans tes prières;
Si tu ne veux pas prier toi-même,
Ne gêne aucun autre en aucune manière.
En ce lieu ne te tiens ni assis ni debout,
Mais agenouille toi bien sur le sol,
Et quand je lirai l'Evangile,
Lève toi bien droit sans t'appuyer au mur,
Et signe-toi si tu sais le faire,
Quand on étonne le gloria tibi;
Et quand l'évangile est fini,
A nouveau tu peux t'agenouiller,
Sur tes deux genoux tu tomberas,
Pour l'amour de celui qui nous a tous rachetés;

Et quand tu entends sonner la cloche
Qui annonce le saint sacrement,
Vous devez vous agenouiller tous jeunes et vieux,
Et lever vos deux mains au ciel,
Pour dire alors dans cette attitude,
A voix basse et sans faire de bruit;
"Seigneur Jésus sois le bienvenu,
En forme de pain comme je te vois,
Désormais Jésus par ton saint nom,
Protège-moi du péché et de la honte;
Accorde-moi l'absolution et la communion,
Avant que je m'en aille d'ici,
Et sincère repentir de mes péchés,
Afin, Seigneur, que je ne meure jamais dans cet état;
Et toi qui est né d'une vierge,
Ne souffre pas que je sois jamais perdu;
Mais quand je m'en irai de ce monde,
Accorde-moi la béatitude sans fin;
Amen! Amen! Ainsi soit-il!
A présent douce dame priez pour moi."

Voici ce que tu dois dire, ou une chose semblable,
Quand tu t'agenouille devant le sacrement.
Si tu cherches ton bien, n'épargne rien
Pour vénérer celui qui a tout crée;
Car c'est pour un homme un jour de joie,
Qui une fois ce jour-là a pu le voir;
C'est une chose si précieuse, en vérité,
Que nul ne peut en dire le prix;
Mais cette vision fait tant de bien,

Comme Saint Augustin le dit très justement,
Ce jour où tu vois le corps de Dieu,
Tu possédera ces choses en toute sécurité:-
A manger et à boire à suffisance,
Rien ce jour-là ne te manquera;
Les jurons et vaines paroles,
Dieu te les pardonnera aussi;
La mort subite ce même jour
Tu n'as nullement à la craindre;
Et aussi ce jour-là, je te le promets,
Tu ne perdras pas la vue;

Et chaque pas que tu fais alors,
Pour voir cette sainte vision,
Sera compté en ta faveur,
Quand tu en auras grand besoin;
Ce messager qu'est l'ange Gabriel,
Les conservera exactement.
Après cela je peux passer maintenant,
A parler à d'autres bienfaits de la messe;
Viens donc à l'église, si tu peux,
Et entends la messe chaque jour;

Si tu ne peux pas venir à l'église,
Où que tu travailles,
Quand tu entends sonner la messe,
Prie Dieu dans le silence de ton coeur,
De te donner part à ce service,
Que l'on célèbre dans l'église,

Je vous enseignerai de plus,
Et à vos compagnons, apprenez ceci,
Quand tu te présenteras devant un seigneur,
Dans un manoir, un bosquet, ou à table,
Capuchon ou bonnet tu dois ôter,
Avant d'être près de lui;
Deux ou trois fois, sans nul doute,
Devant ce seigneur tu dois t'incliner;
Tu fléchiras le genou droit,
Tu auras ainsi l'honneur sauf.

Ne remets pas ton bonnet ou capuchon,
Jusqu'à ce que tu en auras la permission.
Tout le temps que tu parleras avec lui,
Tiens le menton haut avec franchise et amabilité;
Ainsi, comme le livre te l'enseigne,
Regardes-le en face avec amabilité.
Tes pieds et mains tiens les tranquilles,
Sans te gratter ni trébucher, sois habile;
Evite aussi de cracher et de te moucher,
Attends pour cela d'être seul,
Et si tu veux être sage et discret,
Tu as grand besoin de bien te contrôler.

Lorsque tu entres dans la salle,
Parmi les gens bien nés, bons et courtois,
Ne présume pas trop de grandeur pour rien,
Ni de ta naissance, ni de ton savoir,
Ne t'assied pas et ne t'appuie pas,
C'est le signe d'une éducation bonne et propre.
Ne te laisse donc pas aller dans ta conduite,
En vérité la bonne éducation sauvera ta situation.
Père et mère, quels qu'ils soient,
Digne est l'enfant qui agit dignement,
En salle, en chambre, où que tu ailles;
Les bonnes manières font l'homme.

Fait attention au rang de ton prochain,
Pour leur rendre la révérence qui convient;
Evite de les saluer tous à la fois,
Sauf si tu les connais.
Quand tu es assis à table,
Mange avec grâce et bienséance;
Veille d'abord que tes mains soient propres,
Et que ton couteau soit tranchant et bien aiguisé,
Et ne coupe ton pain pour la viande,
Qu'autant que tu en mangeras,
Si tu es assis a côté d'un homme de rang supérieur, Au tient.

Laisse le se servir d'abord de la viande,
Avant d'y toucher toi-même.
Ne pique pas le meilleur morceau,
Même s'il te fait grande envie;
Garde tes mains nettes et propres,
Pour ne pas souiller ta serviette;
Ne t'en sers pas pour te moucher,
Et ne te cure pas les dents à table;
Ne plonge pas trop tes lèvres dans la coupe,
Même si tu as grande envie de boire,
Cela te ferait larmoyer.
Ce qui serait alors discourtois.

Veille à ne pas avoir la bouche pleine,
Quand tu te mets à boire ou à parler.
Si tu vois un homme qui boit,
Tout en écoutant tes propos,
Interromps aussitôt ton histoire,
Qu'il boive du vin ou de la bière,
Veille aussi à n'offenser aucun homme,
Si bien parti que tu le voies;
Et ne médis de personne,
Si tu veux sauver ton honneur;
Car de tels mots pourraient t'échapper,
Qui te mettraient dans une situation gênante.

Retiens ta main dans ton poing,
Pour ne pas avoir à dire "si j'avais su",
Dans un salon parmi de belles dames,
Tiens ta langue et sois tout yeux;
Ne ris pas aux grands éclats,
Ne chahute pas comme un ribaud.
Ne badine qu'avec tes pairs,
Et ne répète pas tous ce que tu entends;
Ne proclame pas tes propres actions;
Par plaisanterie ou par intérêt;
Par de beaux discours tu peux réaliser tes désirs,
Mais tu peux par là aussi te perdre.

Quand tu rencontres un homme de valeur,
Tu ne dois pas garder bonnet et capuchon;
A l'église, au marché, ou au portail,
Salue le selon son rang.
Si tu marches avec un homme d'un rang
Supérieur au tien,
Reste en retrait de lui d'une épaule,
Car cela est bonne éducation sans défaut;

Lorsqu'il parle, tiens-toi tranquille,
Quand il a fini, dis ce que tu veux,
Dans tes paroles sois discret,
Et à ce que tu dis fais bien attention;
Mais n'interrompe pas son histoire,
Qu'il en soit au vin ou à la bière.
Que le Christ alors par sa grâce céleste,
Vous donne et l'esprit et le temps,
Pour bien comprendre et lire ce livre,
Afin d'obtenir le ciel en récompense.

Amen! Amen! Ainsi soit-il!
Disons nous tous par charité.

 On recommande la lecture de l'ouvrage suivant qui dispose de fac-similés: in-8, broché, couverture à rabats, 60 pp., 5 fac-similés hors-texte en noir. Manuscrit anglais de 1390 en forme de poème, d'auteur inconnu. Authentique témoignage des statuts d'obligations, observés par les Maçons opératifs du Moyen-Age. Transcription en vers français par René Dez. Première édition de 1985

Premier texte de référence Le Regius de 1390

 60 pp. dont 5 fac-similés hors-texte en noir. Manuscrit anglais de 1390 en forme de poème, d'auteur inconnu. Authentique témoignage des statuts d'obligations, observés par les Maçons opératifs du Moyen-Age. Transcription en vers français par René Dez. Première édition de 1985.

Biblothèque R.°.L.°. Ecossais de Saint Jean, Photo ER.

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Bord Gustave La Franc-maçonnerie en France de 1688 à 1815. Bibliothèque de la R.°.L.°. Les Ecossais de Saint Jean . Photo ER

Bord Gustave La Franc-maçonnerie en France de 1688 à 1815. Bibliothèque de la R.°.L.°. Les Ecossais de Saint Jean . Photo ER

Les précurseurs de la Franc maçonnerie par Gustave Bord.

 

Nous avons entamé un cycle d’étude des auteurs pré-maçonniques et des historiens de l’art Royal. Dans ce cadre, il nous semblait évident d’étudier le Tome I de « La Franc maçonnerie en France » écrit en 1908 par Gustave Bord.

Nos thèmes d’études utilisent le fond documentaire des loges composant le GLSREP. C’est une édition originale qui nous sert de support, nous avons aussi accès aux notes et instructions de Robert Ambelain sur l’histoire du Rite Ecossais primitif.

 

Etudié en tant qu’historien de la franc maçonnerie, Gustave Bord se situe à la croisée des deux siècles marquant l’âge d’or de la Franc maçonnerie spéculative. C’est en effet entre la fin du XIXème et le début du XXème que la société Française sera marquée par l’influence de la Franc maçonnerie spéculative.

Royaliste convaincu, attaché au fond traditionnel et religieux d’une France des siècles passés, pourfendeur de l’illusion égalitaire et de l’électoralisme à tout prix, notre historien prend ouvertement parti, sans faux semblant. C’est cette transparence que nous apprécions en le relisant, même si, sur de nombreux points, il nous semble difficile de le suivre.

Les références de ses sources sont rarement citées, ce qui nous laisse peut de marge d’appréciation. On pense qu’il travaillait à partir d’un fonds documentaire personnel ou appartenant à de vielles familles qu’il n’a pas voulu impliquer dans ses attaques.

Loin d’être un historien dépassé ou ringard, il rivalise dans ses exposés avec nos meilleurs contemporains qui ont l’avantage des outils numériques et universitaires. Sa proximité temporelle et son implication royaliste loin d’être des obstacles valorisent ses analyses, en lui donnant compétence certaine sur les thèmes traités.

Anti-révolutionnaire patenté, on imagine dans le début du XXème siècle les débats qui furent les siens, notamment sur la laïcité et sur la séparation de l’église et de l’état. Tenant d’un rétablissement de la monarchie en France, c’est en fin connaisseur de la chose royale qu’il abordera l’arrivée de la franc maçonnerie jacobite en France et donc du Rite Ecossais Primitif tel qu’il fut réveillé par Robert Ambelain.

Son abord négatif de la Franc Maçonnerie semble oublié, lorsqu’il se lance dans ses recherches sur les loges Jacobites. Son point de vue sur les auteurs pré maçonniques est plus assujetti à son parti pris mais réveille en nous un sens critique et salvateur qui nous permet de vérifier la solidité de nos analyses.

Avec Bord nous devons refaire notre parcours de conviction, et nous assurer à chaque fois de la rigueur de nos raisonnements.

Voilà donc un auteur anti-maçonnique honnête et bienveillant avec nos consciences de maçons. Il nous oblige à rester « à l’écoute » d’arguments qui ne sont pas toujours les nôtres.

On retiendra qu'il étudie les courants qui traversent la franc-maçonnerie et qu'il fait une distinction entre une franc-maçonnerie qui se réclame des bâtisseurs opératifs et une maçonnerie plus chevaleresque en droite ligne des Stuarts, ce qui nous donnera les rites dits "Écossais" ceux issus de l'exil à Saint Germain en Laye en 1688. Cette franc-maçonnerie de l'exil est une chevalerie en reconquête d'un trône perdu pour son Roi. Cette tension se traduira en apologie de l'Exil, du sacrifice et de la reconquête d'un centre politique qui deviendra plus spirituel et mythique. Selon Robert Ambelain, le Rite Ecossais Primitif se veut l'héritier de cette filiation stuart, qui tenter d'allier l'Hérédom et l'image du Temple.

Er :. R :.

 

 

CHAPITRE PREMIER ; LES PRÉCURSEURS

  

Le problème. — Les sources des doctrines maçonniques.— Les penseurs : les alchimistes. — La pierre philosophale. — L'Alcaest, la Palingénésie et l'Homunculus. — Les principaux alchimistes ; leurs protecteurs et leurs adversaires. — Les kabbalistes : Raymond Lulle ; Thomas Morus ; Paracelse ; les Socins ; Andréa ;  Robert Fludd ; le chancelier Bacon ; Pierre Bayle ; Swedenborg ; Willermoz.

 

Qu'est-ce que la franc-maçonnerie ? — Ce problème a été souvent posé ; presque toujours on y a répondu de façons différentes, et la multiplicité des solutions a fait la confusion et le mystère, au profit des maçons et au plus grand dommage de ceux qui les attaquent.  

On a voulu personnifier la maçonnerie dans une succession de grands maîtres inconnus, connaissant 

seuls le secret de l'Ordre et seuls le dirigeant. Cette société, d'après les uns, aurait eu le même but caché et la même organisation mystérieuse depuis son origine; d'après les autres, l'Ordre n'est qu'une société de  secours mutuels et de bienfaisance.

 

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Les deux affirmations sont également fausses lorsqu'on les rapporte à toutes les époques de la maçonnerie ; elles sont la source de multiples erreurs.  

Pour trouver la solution du problème, essayons d'abord de le poser. 

 N'y eut-il qu'une espèce de franc-maçonnerie ? Son but fut-il toujours le même ? A-t-elle eu successivement un ou quelques chefs connaissant seuls le secret du but de la société ?  

Nous démontrerons que deux maçonneries se succédèrent : l'une, la plus ancienne, composée de gens de métier, de constructeurs, et que nous appellerons corporative ; l'autre, celle qui la remplaça, composée d’amateurs de philosophie et de sciences, que nous appellerons spéculative (1). 

 La substitution ne se fit pas brusquement de la première à la seconde forme : pendant plusieurs années des hommes influents s'introduisirent dans la première pour s'y livrer avec sécurité à leurs études souvent entachées d'hérésies ; d'autres voulurent la dominer pour en faire profiter leur parti politique, qui fut pendant les premiers temps celui des Stuarts. Ces maçons, connus sous le nom de maçons acceptés, lorsque la substitution de l'ordre à la corporation aura lieu, donneront naissance à deux courants différents : la maçonnerie jacobite et la maçonnerie anglaise. Ces deux soeurs ennemies,  qui auraient dû représenter des adversaires irréconciliables, après avoir poursuivi des buts opposés, se  trouveront confondues, plus tard, par la puissance  du dogme fondamental de la Maçonnerie qui aura subsisté malgré eux, parce qu'une idée est plus forte que  

  1. Les Anglais appelle la première opérative. Nous avons adopté le mot corporative, qui nous paraît plus complet, car il suffit à exprimer que ces travailleurs opéraient en corporation.

 

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les hommes et les conduit fatalement lorsque cette idée  est vraiment puissante. Or, on ne pourra pas nier que, si l'idée maçonnique de l'Egalité des hommes est socialement détestable, elle n'en est pas moins forte et que le maçon lui-même n'a souvent qu'un abri bien précaire lorsqu'il a déchaîné l'orgueil de l'homme sous prétexte d'égalité et que le cyclone passe sur l'humanité terrifiée. 

 Aussi bien, à celui qui les attaque, comme au maçon dont sa propre lumière a brouillé les yeux, je puis dire, après avoir étudié le problème sans haine pour les hommes : le dogme maçonnique est une chose grave, une pensée dangereuse, qui conduit les sociétés aux pires cataclysmes ; ne cherchez pas dans le maçon, tantôt un ennemi de caste ou de nationalité, tantôt un ennemi politique ou religieux, car il renferme en même temps tous ces dangers. La f :.m :. n'est pas représentée par un homme, ni une classe d'hommes, mais par une idée néfaste, la plus terrible qu'on puisse  imaginer : l'idée de l'égalité. Tuez l'idée ; tuez-la d'abord en vous où elle a pénétré, et vous serez surpris de voir le lendemain que la f :.-m :. n'existe plus.  

Les maçons furent au XVIIIème siècle les prêtres et les soldats du dogme égalitaire. Sous le souffle de cette idée ils ont exercé leur sacerdoce et livré leurs combats, pour la plupart inconsciemment. L'idée implacable les a entraînés jusqu'au bord de l'abîme où doivent succomber les sociétés modernes, car le dogme de l'égalité est par essence destructeur de toute idée sociale. Leurs adversaires, envahis eux-mêmes par cette idée, n'ont pas osé jusqu'ici les attaquer sur ce terrain, qui est le véritable terrain de lutte. Il faut le reconnaître nettement, franchement, il n'y a plus aujourd'hui que deux adversaires en présence : les anarchistes

 

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égalitaires et ceux qui veulent vivre en société avec les  hiérarchies nécessaires. Envisagée sous ce point de vue, l'idée égalitaire domine donc l'histoire de la f :.-m :.comme, elle domine les destinées des nations modernes.  

La f :.-m :. telle qu'elle fonctionna pendant les premières années du XVIIIème siècle, peut être considérée comme un équipage de savants, vrais ou faux, d'abstracteurs de quintessence, de kabbalistes et de  spirites, qui, s'étant réfugiés sur un navire dont l'équipage ancien ne trouvait plus à s'occuper, se firent accepter par le capitaine, peu à peu s'emparèrent de la  manoeuvre et se substituèrent à l'ancien équipage. Si les hommes disparurent, leurs usages persistèrent, le nom du navire ne fut pas changé, et de la sorte une f-m. de penseurs se substitua à une franc-maçonnerie de  constructeurs maçons. 

 Au moment du renouvellement de l'équipage, les nouveaux venus étaient les représentants des libres penseurs de l'époque, des empiriques, précurseurs des hommes de science et des kabbalistes précurseurs  des philosophes. Cette catégorie de curieux avait existé de tous temps, car à toutes les époques il y eut des hommes qui cherchèrent à expliquer les phénomènes de la nature et à deviner le secret de Dieu.  L'homme, dès son berceau, voulut connaître les causes de son origine, le but de son existence et sa destinée après sa mort. Il voulut goûter au fruit de l'arbre de la science du bien et du mal, entrer en lutte avec la Divinité, et résoudre un problème dont il ne pouvait  poser l'équation. Si les sciences firent chaque jour des progrès, et si l'on parvint peu à peu à déchirer le voile

 

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mystérieux qui entourait certains phénomènes naturels, tels que nous les voyons, on peut dire que les mystères  qui enveloppent le berceau et la tombe de l'homme, sont encore aujourd'hui aussi cachés qu'à l'aurore de  l'humanité. 

 Des hommes luttèrent désespérément, à la recherche de la vérité intangible, s'exaspérèrent, blasphémèrent et se révoltèrent contre le Grand Inconnu, contre Celui qui est. Dans tous les temps il y eut des sectes secrètes, qui prétendirent comprendre les lois qui régissent l'univers ; les uns croyaient véritablement posséder le secret ineffable ; les autres, les habiles, faisaient  de leurs mystères un appât pour la foule, prétendant  ainsi la dominer et la conduire ; tout au moins avaient-  

ils trouvé le moyen de l'utiliser à leur profit.  

Cette lutte est, comme nous l'avons dit, vieille  comme le monde ; à travers le temps et à travers les  peuples, elle exista sans discontinuité ; pour nous en  tenir aux temps modernes, au XVIème siècle les lutteurs  s'appelèrent les réformés, fils des omniscients du moyen  âge. A ce titre ils furent les précurseurs de la f-m. On peut donc dire que la secte des francs-maçons incarne depuis le XVIIIème siècle les sectes recherchant le secret éternel de l'humanité, de ces gens qui, ne pouvant comprendre et définir Dieu, las de le chercher  en vain, trouvèrent plus commode de magnifier la  matière et de déifier l'homme. 

 Envisagée sous ce point de vue, la f-m est une secte fort ancienne, la plus ancienne même qui fût sur la terre ; sectaires en lutte acharnée avec l'homme résigné qui se contente du travail, de l'amour, de la foi et de la prière, les francs-maçons représentent, au  point de vue chrétien, l'orgueil de l'homme, l'esprit du  mal, la révolte contre Dieu.

 

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 Un f-m homme d'esprit, de science et de bonne foi, car je prétends qu'il en existe, avec lequel je discutais ces problèmes décevants, en matière de conclusions,  me tint le discours suivant :  

— Je ne discute ni ne critique vos dogmes et vos croyances de catholique ; ils me sont indifférents. Que ceux qui y croient les pratiquent, c'est ce qu'ils ont de  mieux à faire ; ils ne viendront jamais parmi nous ; ils  s'imaginent être avec les bons anges, soumis à la grande  force de l'Architecte de l'Univers que vous appelez Dieu ;  ils sont convaincus que nous sommes les adeptes des  démons, Lucifer, Asmodée ou Belphégor ; soit, je l'ad-  mets et je prendrai les arguments qui vont suivre dans  vos propres croyances, dans vos livres saints. Or qu'enseignez-vous ? que les démons sont des anges  déchus et qu'au jugement dernier ils seront vaincus  par les bons anges, milice de votre divinité. Ce jour- là, ils redeviendront de bons anges et votre Dieu, que vous dites magnifique et plein de miséricorde, leur pardonnera leurs méfaits passés ; il pardonnera également, sans cela il serait injuste, à tous ceux qui auront été  entraînés par les démons ; donc le résultat sera le  même pour nous que pour vous ; nous jouirons de la  gloire éternelle et de la contemplation de Dieu ! Seulement vous aurez joué un métier de dupes, et nous aurons été des gens avisés. 

 Alors que vos bons anges vous enseignent la résignation et l'humilité, la sanctification de la bonne souffrance pour mériter de franchir la porte de votre Paradis des petits et des humbles, nos démons nous  conduisent au même séjour de délice, par des chemins  jonchés de roses sans épines, la tête haute ; c'est après  une lutte d'égal à égal que nous prenons d'assaut votre  Paradis. Tout au plus serons-nous obligés d'attendre

 

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pour y entrer le jour du grand jugement; mais d'ici là,  il est à croire que le démon qui nous aura conduits  dans ce monde nous protégera dans l'autre. Et, si la mort terrestre est l'anéantissement de l'être humain, comme beaucoup le croient, nous aurons été plus habiles que vous en évitant des souffrances inutiles. 

 Aussi, ne cherchons-nous pas à recruter parmi vous des adeptes ; impassibles, nous attendons que ceux qui n'ont pas trouvé dans la pratique de vos croyances le bonheur, la consolation, la paix ou la satisfaction, viennent à nous. Ceux-là, laissez-les-nous ; ils nous appartiennent ; nous n'en ferons pas des humbles, mais des hommes libres, heureux à notre façon qui deviendra la leur. Quel droit oserez-vous invoquer pour y mettre obstacle ? 

-Je conviens, lui répondis-je, que le problème ainsi posé peut convaincre ceux qui ne croient pas et les entraîner dans votre sillage ; mais pour cela il faudrait nous entendre sur ce que nous appelons Dieu ; pour vous, c'est un simple Architecte de l'Univers ; pour moi, c'est le Créateur de toute chose. Votre Dieu, par définition, est la négation du mien. La puissance du vôtre est limitée puisqu'il se borne à utiliser la matière qu'il n'a pas créée, qu'il est même impuissant à créer. Enfin, puisque vous invoquez les textes des livres saints, ou avez-vous lu que, après avoir été terrassé, le démon  deviendra un bon ange ? Vous le déduisez par un raisonnement spécieux, en invoquant l'esprit de miséricorde d'un Dieu auquel vous ne croyez pas, oubliant ainsi qu'il est aussi un Dieu de justice. Je préfère demeurer avec le poète, ce devin de l'au-delà, qui fait gémir sa lyre en nous enseignant qu'on n'est un homme  que lorsqu'on a souffert et lorsqu'on a pleuré. Pour concevoir le bonheur il faut pouvoir le comparer à ce

 

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qui n'est pas le bonheur, et ne le supprimerait-on pas  en supprimant la souffrance ? Enfin, il resterait à prouver qu'il suffit d'être initié pour ne connaître ni les peines ni les larmes.  

Voilà ce que pensent encore de nos jours les f.m. qui ont gardé les traditions du passé de leur ordre. Je conviens que le plus grand nombre ne soulève plus le  problème de l'humanité primitive et des destinées  d'outre-tombe, que ses soucis se bornent à assurer le  présent et, en agissant ainsi, il croit faire preuve de la  sagesse d'un homme raisonnable et pratique. La plupart voient dans la maçonnerie une société d'admiration mutuelle, susceptible de favoriser avec sécurité l’épanouissement de leurs ambitions politiques, littéraires ou commerciales. En cela ils sont différents de leurs ancêtres, qui, eux, avaient souvent pour excuse la sincérité et le désintéressement de leurs convictions.  

C'est la mentalité de ces derniers que je me bornerai à étudier, et l'on pourra comprendre, je l'espère, et  excuser dans une certaine mesure,les hommes de bonne  foi et d'intelligence plus qu'ordinaire qui se passionnèrent pour l'Art Royal. En dehors des dupes, il y eut des coupables, et souvent même en faveur de ces derniers on peut invoquer les circonstances atténuantes.  

Pour comprendre clairement ce qu'était la secte philosophique des f.-m. à son origine, il nous faudra remonter quelque peu en arrière, et étudier les divers savants empiriques qui eurent la faveur des premiers  maçons non constructeurs.  

Si l'on examine les discours, les formules, les adages et les doctrines des initiés du XVIIIème siècle,

 

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on  arrive à déterminer assez facilement à quelles écoles ils ont façonné leurs mentalités, car, tout au moins au  début, tous n'eurent pas les mêmes convictions, très  peu poursuivant le même but.  

Suivant leur tournure d'esprit, leurs aptitudes et leurs aspirations, les uns furent des penseurs, kabbalistes ou théosophes, les autres des savants, alchimistes ou astrologues ; ceux-ci furent des artistes, ceux-là des politiciens.  

En analysant les correspondances maçonniques et les travaux de loge, voici quels sont les principaux ancêtres qu'on peut leur attribuer.  

Les précurseurs intellectuels directs de la f-m furent les alchimistes et les kabbalistes, en donnant à  ce premier mot son sens le plus complet. Pendant le XVIème siècle, en effet, le maçon cherche, comme l'alchimiste, la pierre philosophale, la panacée universelle, et l'arbre de la science du bien et du mal révélant le mystère de la création : c'est à eux aussi bien qu'à Bacon qu'il emprunte la légende symbolique du Temple de  Salomon et celle d'Hiram ; les allures des plus fameux  d'entre eux, Saint-Germain et Cagliostro, ressemblent singulièrement à celles du Cosmopolite, du Philalèthe et de Lascaris. 

 L'alchimie était, suivant l'alchimiste, une science, un art ou une supercherie. Son objet était d'opérer la transmutation des métaux vils en métaux nobles. Lorsque cette science prit naissance, vers le VIème siècle, à Byzance, l'état des connaissances chimiques pouvait permettre de poursuivre de semblables recherches. L'alchimiste supposait que les métaux étaient formés des mêmes éléments, étaient, comme aurait dit un chimiste du XIXème siècle, des corps

 

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 isomères et que, par conséquent, des manipulations  physiques pouvaient changer leur état chimique. La grande erreur des alchimistes fut d'affirmer que la chose était possible parce qu'il n'était pas déraisonnable d'admettre qu'elle pouvait être. C'est ainsi qu'ils emprisonnèrent leur science et qu'après avoir donné à la chimie un essor incontestable, ils la paralysèrent en la  spécialisant. Si, en cherchant une chose, ils en trouvèrent une autre et firent en quelque sorte malgré eux  et au hasard progresser la chimie, il n'en est pas moins  vrai qu'ils furent un obstacle sérieux au développe-  ment rapide et méthodique de cette branche des  sciences. 

 Vers le VIIème siècle, de Grèce l'alchimie fit des adeptes en Egypte et, de là, les Arabes la transportèrent en Espagne, où elle fut longtemps en honneur. Peu à peu cette science avait envahi l'Occident, et au XVème siècle elle était cultivée dans toute la chrétienté. Au XVIème et au XVIIème, c'était une véritable folie; il y avait des souffleurs dans toutes les classes de la société, et la  légende de la fortune fantastique de Nicolas Flamel  avait bouleversé toutes les cervelles. 

 Aux recherches matérielles on avait joint bientôt des combinaisons métaphysiques, et alors un philosophe était aussi bien celui qui recherchait la pierre philosophale que celui qui étudiait l'âme humaine. Le langage de ces fous qui, par hasard, trouvaient des choses raisonnables, était composé d'allégories et de paraboles ne voulant rien dire ou simplement ineptes, ou de logogriphes qui ne cachaient pas de mots.  

Cependant les plus remarquables d'entre les abstracteurs de quintessence s'expriment plus clairement, tels  Salmon et Philalèthe.  De leurs théories il ressort qu'ils considéraient les

 

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 métaux comme des corps composés des mêmes éléments, dans des proportions et des conditions de formation différentes. Ils naissent, disent-ils, comme des êtres organisés, par la conjonction des semences mâles et femelles. L'or pur absolu est la semence mâle; le mercure des philosophes est la semence femelle. L'alchimiste réunit ses produits dans un récipient nommé Athanor, maison du poulet des sages ou oeuf philosophique, et au bout de six mois de chauffage intense il obtient la poudre noire qu'il nomme Saturne, tête de corbeau, ténèbres cimmériennes... En continuant à souffler, la poudre devient blanche ; c'est avec celle-ci, qu’on appelle petite pierre philosophale, petit magistère ou teinture blanche, qu'on obtient l'argent. En chauffant encore, la matière devient verte et enfin rouge ; c'est la véritable pierre philosophale, grand magistère ou grand élixir', transformant immédiatement en or pur, quelque faible que soit la dose employée, des volumes considérables de tout vil métal en fusion sur lequel on la  projette.  

Et il ne faut pas se tromper sur la signification des mots, sous peine de rencontrer des contradictions inadmissibles. Ainsi, ces mêmes alchimistes qui donnent la recette que nous venons de décrire pour faire de l'or, prétendent d'autre part que tous les métaux sont un composé de mercure et de soufre, ce qui ne concorde  pas en apparence avec les recettes qu'ils donnent ; il  faut ajouter que le soufre et le mercure des alchimistes  n'ont aucun rapport avec ces corps tels qu'on les définit  vulgairement. Le mercure est la métalléité, l'éclat, la ductilité des métaux, et le soufre leur élément combustible. 

 Plus tard les astrologues introduisent leur science dans l'alchimie, et les principaux métaux se sont

 

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 trouvés sous des influences planétaires. Les médecins se mettent aussi de la partie et la pierre philosophale transmute les métaux, dirige les destinées, guérit les maladies et prolonge la vie. 

 Pour que rien n'y manquât, les alchimistes firent intervenir la magie blanche ou la magie noire dans  leurs opérations : Dieu ou le Diable. 

 Pour l'alchimiste cherchant la transmutation des métaux, la difficulté est de se procurer le mercure des philosophes, qu'on ne peut avoir que par révélation divine ; ils l'appellent : mercure double, lion vert, serpent, eau pontique, lait de vierge, etc. 

 Aussi ne l'ont-ils jamais trouvé, et cependant ils l'ont cherché partout :  

Dans les métaux : arsenic, étain, antimoine, mercure vulgaire, etc. 

 Arnauld de Villeneuve recommande de triturer trois parties de limaille de fer avec une partie de mercure et  d'y ajouter du vinaigre et du sel. 

 Trismosin conseille de sublimer du mercure avec de l'alun et du salpêtre, puis de distiller le mélange avec de  l'esprit de vin « en mangeant des tartines de beurre  très épaisses ».  

L'un et l'autre ne parvinrent qu'à fabriquer du sublimé corrosif et à calmer leur appétit. 

 Puis, sous prétexte que saint Luc avait dit que le sel était une bonne chose, on abandonna les métaux pour  les sels : le sel marin, le salpêtre et surtout le vitriol,  vitriolum, dont les propriétés étaient établies par la  phrase suivante : 

Visitando 

Interiora 

Terrae, 

Rectificandoque,

 

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            Invenies 

Occultum 

Lapidem, 

Ueram 

Médicinam.

 

 Plus tard on essaya des substances végétales : suc de chélidoine, primevère, rhubarbe, lunaria.  

Distillations de vers de fumier, de crapauds, de lézards, de serpents. Produits du corps humain : sang, salive, poils, semence, menstrues, matières fécales, organes génitaux.  

Terre vierge, vitraux rouges des anciennes églises et enfin l'esprit du monde, spiritus mundi, matière  qui se rencontrait dans l'air, l'eau de pluie, la neige,  et surtout dans la rosée du mois de mai. 

 Trois choses sont ainsi recherchées par les alchimistes : l'Alcaest, la Palingénésie et l'Homunculus.  

L'Alcaest, Esprit universel (ail Geist), dissolvant de tous les corps, est l'idéal des menstrues. On le cherche dans le tartre, l'alcali (alcali est), la potasse, l'acide muriatique. 

 Kunckel ayant fait remarquer que s'il dissolvait toutes choses, il devait dissoudre le vase dans lequel on le renfermait, il n'en fallut pas plus pour discréditer l'Alcaest.  

La Palingénésie était l'art de faire renaître les plantes de leurs cendres. 

 L'Homunculus était un homme en miniature fabriqué par des procédés hermétiques. Il se formait dans l'urine des enfants. D'abord invisible, il fallait le nourrir avec du vin et de l'eau de rose.  

En dehors de toutes ces folies, certains se livrèrent à des recherches plus sérieuses, et nombre d'alchimistes ne furent ni des sots, ni des ignorants,

 

P14

 ni des hommes de mauvaise foi. Vu l'état de la science, on ne peut s'étonner que les décompositions chimiques aient été prises pour des transmutations.  

« Si vous projetez sur du cuivre de l'arsenic blanc  sublimé, dit saint Thomas d'Aquin, vous verrez le  cuivre blanchir ; si vous ajoutez alors moitié argent  pur, vous transformerez tout le cuivre en véritable  argent »  

Plus tard, par l'expérience, on reconnut que ce changement de couleur n'était pas une transmutation, mais une simple superposition.  

Comme on ignorait également que les sels liquides pouvaient contenir des métaux, les précipitations étaient prises aussi pour des transmutations.  

D'autre part, on avait des moyens imparfaits pour contrôler la présence de l'argent dans un alliage de ce métal avec l'or (cément royal, sulfure d'antimoine, eau forte). La chimie analytique n'existait pas, on ne faisait pas d'expériences de densité précises (1).  Mais à toutes ces recherches, la véritable science trouvait parfois son compte. Si les explications étaient erronées, les faits étaient réels.  

 A côté des prestidigitateurs pipant le creuset (2), il y avait les gens de bonne foi introduisant dans les expériences des éléments aurifères ignorés, tels que le chlorure d'or.  

(1) Voy. Berthelot : Les Origines de l'Alchimie.  

(2) Dans un remarquable mémoire lu à l'Académie des sciences  de Paris le 15 avril 1722, Geoffroy l'aîné dévoile les supercheries  les plus usitées :  

Creusets doublés, garnis dans le fond de chaux gommée, d'or et d'argent qui sous l'influence de la chaleur se désagrégeaient et séparaient leurs éléments ;  

Parcelles d'or ou d'argent introduites dans des charbons creux ;  

Baguettes de bois creusées contenant à leur extrémité le métal.

 précieux qu'on déposait dans le creuset en agitant le métal en  fusion ; 

 Petites quantités de métal précieux mêlé au métal vif qu'on travaillait ;  

L'or coloré par le mercure, mêlé aux métaux blancs ;  

Liquides comme le chlorure d'or et l'azotate d'argent contenant des métaux en dissolution ; 

 Métaux précieux dissimulés dans une gangue de métaux vils. 

 

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Malgré toutes leurs erreurs leurs insanités ou leurs  duperies, les alchimistes n'en ont pas moins préparé  ]a méthode expérimentale : l'observation et l'induction,  que Galilée, François Bacon et Descartes ont codifiées.  Il faut reconnaître que si les alchimistes n'avaient pas  amoncelé de nombreuses expériences, les créateurs  de la science moderne n'auraient pas pu avoir même  l'idée de chercher règles, formules et lois. 

 Si les alchimistes furent interdits au XIVème et au  commencement du XVème siècle par le pape Jean XXII à  Avignon, Charles V en France, Henri IV en Angleterre  et le conseil de Venise, du XVIèmee au XVIIIème siècle ils  étaient protégés dans l'Europe entière par les empereurs  Rodolphe II, Ferdinand III et Léopold Ier, par Frédéric Ier et Frédéric II de Prusse, par l'électeur Auguste  de Saxe, par Charles IX et Marie de Médicis en France,  par Edouard III, Henri VI et Elisabeth en Angleterre,  par Christian IV et Frédéric III en Danemark et Charles XII en Suède. 

 Si quelques-uns d'entre eux sont pendus de temps en temps par des princes allemands, c'est comme imposteurs, ou parce qu'ils ne veulent pas livrer les secrets  dont on les croit détenteurs.    

La liste des alchimistes contient, il faut le recon-

 

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  naître, des noms illustres et vénérés à côté de faux savants et de filous :  

S. Thomas, Arnauld de Villeneuve, Albert le Grand,  Alain de Lisle, Raymond Lulle, Paracelse, Nicolas  Flamel, Talbot, Van Helmont dont le fils convertit  Leibnitz à l'alchimie, Sweitzer (Helvetius) qui compta  Spinosa parmi ses adeptes,Te Cosmopolite, le Philalèthe, Lascaris, Botticher, Braun, Martin, Schmolz de  Dierbach, Delisle, Gaetano comte de Ruggiero, Saint-  Germain , Cagliostro, James Price qui en 1783, à Londres, acculé à une expérience de transmutation, s'empoisonna,  Guyton de Morveau qui, en 1786, confirmant l'assertion  d'un médecin de Cassel, annonça que l'argent fondu  avec l'arsenic se changeait en or. 

 Voyons maintenant les kabbalistes, qui sont tous quelque peu alchimistes :  

 

Parmi les meilleurs, les plus sincères, il faut nous  arrêter à Raymond Lulle(l), à cet homme singulier qui  fut canonisé par l'Eglise alors que ses adeptes étaient  déclarés hérétiques. Le maçon lulliste, ainsi que son  chef d'école dans son Grand Art, joue à la roulette avec  les facultés de l'entendement humain ; comme lui, en  faisant tourner trois roues concentriques, il pose des  problèmes et les résoud. Et cependant Raymond Lulle ne manqua parfois ni d'originalité, ni même de grandeur dans ses combinaisons naïves et bizarres, habilement appropriées aux habitudes ergoteuses de la  scolastique. Auxvnc siècle, le jésuite Kircher le préconisait encore et Leibnitz en fit l'éloge.  

Il est un autre écrivain auquel il est étonnant que  

(1) Né à Palma de Majorque en 1235, il fut martyrisé à Bougie  en 1315.

 

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 personne n'ait encore songé, c'est Thomas Morus (1486- 1535). Dans son fameux ouvrage : Utopia, sive de  optimo reipublicae statu (1518), on a voulu bien à tort ne  voir qu'un badinage, qui aurait servi seulement à créer  le mot utopie. Bien peu, il faut le reconnaître, ont entrepris de le lire, car après l'avoir étudié, on ne pourrait  plus donner au mot utopie le sens de rêve irréalisable.  En effet, de nos jours, ce rêve a été réalisé presque complètement. Pour le reste, on le trouve dans les programmes des partis politiques de l'extrême avant-garde socialiste et collectiviste. 

 Thomas Morus, dès le début, se pose en réformateur, voulant, sauf une exception que nous signalerons plus loin, supprimer la peine de mort et abolir la propriété  pour constituer le bonheur de l'humanité.  

Il expose son programme et le met en pratique dans l'île imaginaire d'Utopie, dans laquelle les habitants vivent sous une forme sociale nouvelle.  

Là, le premier souci du gouvernement est de fournir aux besoins matériels de la consommation publique et individuelle; tous les citoyens ont droit au gîte, à la nourriture et aux vêtements. On laisse à chacun le plus de temps possible pour s'affranchir de la servitude du corps, cultiver librement son esprit et développer ses facultés intellectuelles par l'étude des sciences et des lettres, qui constitue le vrai bonheur des Utopiens. 

 Tout vient du peuple, tout y remonte : les magistrats comme les prêtres sont élus au scrutin secret.  

L'organisation civile est républicaine.  

Les fonctions sont annuelles, excepté celle du chef  de la nation qui est nommé à vie. 

 Tout, sauf les femmes, appartient à tous ! Le mariage ne peut se contracter que lorsque les fiancés se sont vus  sans aucun voile; par contre, il peut être dissous par  

 

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simple consentement mutuel ; aussi l'adultère est-il  puni de mort.  

On tolère toutes les religions.  

Chacun est tenu de connaître l'agriculture et un autre métier, mais il n'est pas obligé de travailler plus de 6 heures par jour.  

On mange en commun dans des salles parfumées, au son de la musique. 

 Il est un point cependant en désaccord, tout au moins apparent, avec les programmes modernes : dans la  république d'Utopie, il y a des esclaves ! 

 Un grand nombre de f.-m. se sont aussi inspirés  de la philosophie de Philippe-Aurèle Bombast de  Hohenheim, connu sous le nom de Théophraste Paracelse (1493-1541), dont la doctrine était puisée à la  kabbale, à la philosophie hermétique et à l'alchimie,  Paracelse a la « prétention de connaître et d'exposer tout le système des forces mystérieuses qui agissent, soit dans la nature, soit dans l'homme, et qui échappent à la timidité de la philosophie et aux lenteurs de  la science ».  

Entre Dieu, la nature et l'homme, il y a des forces opératives qui produisent les phénomènes que nous percevons. Il s'agit pour l'homme de s'unir aux forces qui conviennent pour produire, soit des phénomènes physiques, soit des phénomènes intellectuels.  

Paracelse admet implicitement l'existence de Dieu, l'immortalité de l'âme et les principes de la morale dont il est impie de vouloir faire la preuve.  

La création est divisée en macrocosme (l'univers) et en microcosme (l'homme) qui sont semblables ; au-

 

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dessus trône Dieu, centre et circonférence de tout. 

 Les germes de toutes choses possèdent en eux une force qui les rend capables d'agir et de se mouvoir, secondés par les influences d'agents extérieurs : lumière, chaleur, air, etc. Ces germes, il les appelle astres, aussi bien dans les parties de l'être humain que dans l'univers, où le vulgaire leur donne le même nom.  Les astres de l'univers sont en rapport avec les astres de l'homme et ont une influence sur les cerveaux de ces derniers, sans toutefois paralyser leur volonté. Au contraire, l'homme, par l'énergie, de son imagination, peut s'identifier les propriétés des astres. 

 C'est la puissance magique. 

 Paracelse développe la théorie des quatre éléments de la philosophie grecque: le feu, l'air, l'eau et la  terre, qu'il réduit ensuite à trois, attendu que le feu  est un agent donnant naissance aux astres avec sa  propre substance. 

 C'est, en résumé, la théorie d'Empédocle dont  l'alchimie s'était servie depuis longtemps en substi-  tuant aux éléments le sel, le soufre et le mercure ;

 

Le sel étant le fondement de la substance des corps ; 

Le soufre celui de leur croissance et de leur combustion ;  

Le mercure, leur liquidité et l'évaporation.

  

Mais il ne faut prendre ces corps que comme des symboles, avec leurs propriétés astrales et non avec leurs propriétés terrestres.  

Le feu est la source de la sagesse et de la sensibilité des pensées ; c'est à lui que l'homme doit le développement de son intelligence.  

Paracelse, malgré tout, est spiritualiste et il admet le principe de l'antériorité du principe spirituel sur le principe matériel ; il est même chrétien : « Il y

 

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a, dit-il, trinité et unité dans l'homme ainsi que dans  Dieu ; l'homme est un en personne, il est triple en  essence : il a le souffle de Dieu ou l'âme, l'esprit sidéré  et le corps. » 

 Quelque invraisemblable que cela puisse paraître, ces questions sont encore agitées, discutées, appréciées et  préconisées par des f.-m. contemporains (1) dans  des formes analogues.  

Si Lulle est catholique jusqu'à souffrir le martyre ; si, avant de mourir pour avoir résisté à Henri VIII,  Thomas Morus, dans Utopia, est indifférent en matière  de religion ; si Paracelse est vaguement chrétien, avec  Socinus nous voyons apparaître le philosophe athée  dont le rôle a une importance capitale, attendu que  les f.-m. le reconnaissent comme leur grand ancêtre.  

Adriano Lemini, l'avant-dernier grand maître du Grand-Orient d'Italie, n'a t-il pas affirmé, il ya quelques années, que « le gouverneur suprême de l'art » d'un  bout du monde à l'autre était Lelio Sozzini, connu en  France sous le nom de Socinus. En effet, le lendemain de son élection, le 29 septembre 1893, dans une lettre encyclique, il déclare : « Nous lie pouvons pas oublier que - l'Italie a été le véritable berceau de la f.-m. et que Sozzini fut son véritable père ; c'est pour cela que  dans la direction des combats décisifs, par lesquels  nous allons assurer notre victoire, il faut rester jus-  qu'à la fin en Italie » (2). 

 Lelio Sozzini naquit à Sienne en 1525 et mourut à 

 (1) Oswald Wirth, la Médecine philosophale. 

 (2) Gowan. The X Rays. 

 

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 Zurich le 16 mai 1562 ; il était fils d'un habile jurisconsulte, Mariano Sozzini, dit le jeune. Dès 1545, Lelio,  fonda à Vicence une société qui avait pour objet la  destruction du christianisme, qu'il voulait remplacer  par le rationalisme pur. Cette société recruta des adhérents surtout parmi les partisans de l'hérésie arienne. En 1547 fut tenue, également à Vicence, une conférence à laquelle assistèrent des délégués venus  de tous les points de l'Europe : si tous les assistants  n'avaient pas les mêmes croyances, ils étaient tous unis  par leur haine commune du catholicisme et même du  christianisme, car Lelio s'attira la haine dés réformés  aussi bien que celle des catholiques. Sa doctrine repousse, en effet, les dogmes de la Trinité (1), delà consubstantialité du Verbe, delà divinité de Jésus, delà satisfaction et de l'expiation, qu'il attribue à l'influence de la philosophie païenne sur l'Eglise chrétienne. 

 Après sa mort, il trouva un continuateur zélé dans son neveu Fausto Sozzini (1539-1604). Comme son oncle, Fausto reniait la divinité de Jésus-Christ, la rédemption, le péché originel et la doctrine de la grâce. Son catéchisme, connu sous le nom de catéchisme de Racow, rejette également la résurrection universelle ; le bon seulement doit revivre, pendant que le méchant met fin à son existence.  

Il ne croyait donc ni au châtiment universel, ni à l'Enfer. 

 Sur sa tombe, à Luctavie, on grava ces deux vers : Tota licet Babulon destruxit lecla Luiherus,  Mnros, Calvinus ; sed fundamenta Socinus. 

 L'ambition, de Sozzini était de construire sur les 

  1. Il reconnaissait seulement Dieu le père; le Fils était simplement un homme doué particulièrement ; dans le Saint-Esprit, il  ne voyait qu'une force de la divinité

 

.  

 

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ruines de l'Église un temple qui aurait renfermé l'exercice de toutes les croyances, depuis la libre pensée  sans dogmes jusqu'au culte de Lucifer. 

 Tous les précurseurs de la f.-m. n'avaient cependant pas des théories philosophiques aussi perverses que celle de Socinus. 

 Si, dans une certaine mesure, on peut considérer Paracelse comme le successeur de Lulle, Jacob Boehm  fut l'héritier de Paracelse. 

 Son influence fut considérable en Allemagne, qu'il imprégna pendant le XVIIIème siècle et une grande partie du XIXème. Le personnage est du reste intéressant. Né près de Gorlitz en 1575, il était fils de pauvres paysans ; pendant sa jeunesse il était d'une dévotion exaltée, sans instruction générale, il exerça le métier de cordonnier pendant toute sa vie. 

 Connu sous le nom de Philosophe Teutonique, c'était, au résumé, un mystique, un théosophe et un halluciné.  Il se voyait, par un effet de la grâce, au comble de toutes les grandeurs. Ce fut sous l'influence de la philosophie de Paracelse qu'il fut entraîné au mysticisme. Il croyait sincèrement avoir reçu de Dieu la mission de dévoiler les mystères inconnus avant lui. Il eut à diverses époques trois extases qu'il a racontées. Il se sentait ravi dans le centre de la nature invisible, ayant une vue  intérieure qui lui permettait de lire dans le coeur de  chaque créature. Il était convaincu qu'il tenait de  Dieu, par grâce spéciale, la science universelle . et absolue, et cette science, il la communiquait à ses lecteurs, sans ordre et sans preuves, dans un langage  emprunté à l'Apocalypse et à l'alchimie.   

 

 

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 Après avoir déblayé tout ce mysticisme de ses exagérations, on trouve dans Boehm.un.vaste système de métaphysique dont un panthéisme effréné fait le fond. 

 Dieu est le principe, la substance et la fin de toutes choses, et voici comment il explique le mystère delà Trinité : 

 1° Dieu considéré en lui-même ne peut être défini ; il n'est ni bon ni méchant ; n'a ni volonté, ni amour, ni haine. Son sein renferme le mal et le bien ; il est tout et rien. C'est Dieu le Père.  

2° Dieu, tel qu'il se manifeste et tel qu'on peut le comprendre, est la lumière dans les ténèbres ; il a une volonté : c'est Dieu le Fils.  

3° L'expansion de la lumière, l'expression de la sagesse par la volonté, l'exercice des facultés divines, c'est le Saint-Esprit.  

Boehm prend l'âme humaine pour exemple de sa théorie :

  

1° L'esprit par où tu penses, cela signifie Dieu le  Père.  

2° La lumière qui brille dans ton âme afin que tu puisses connaître ta puissance et te conduire, cela  signifie Dieu le Fils.  

3° La base affective qui est la puissance de la lumière, l'expansion de cette lumière par laquelle tu régis ton corps, c'est Dieu l'Esprit-Saint.

  

Il y a deux natures sorties de la même source : l'une éternelle, invisible, directement émanée de Dieu l'autre, la nature visible et créée, l'univers proprement dit. 

 L'homme contient en lui une image et un résumé de toutes choses ; il tient à Dieu par son âme, dont le principe se confond avec l'essence divine. Par l'essence de son corps, il tient à la nature éternelle, cause et siège de

 

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toutes les essences ; par son corps proprement dit, il  appartient à la nature visible. 

 Avec une semblable philosophie, toute morale est forcément un non-sens : le but de la vie est de ne s'attacher à rien dans ce monde, de dépouiller sa volonté, s'efforcer de ne pas être et de hâter par la prière contemplative l'instant où l'âme doit se réunir à Dieu. 

 Parmi les membres de la Stricte Observance templière d'Allemagne, nous trouverons de nombreux disciples de la philosophie de Boehm ; par Strasbourg et  Lyon elle eut aussi de nombreux adeptes en France.

 

Un autre écrivain, qu'on ne peut à proprement dire être un véritable philosophe, eut une influence également considérable sur la f. m.. C'est en effet sur ses indications que se formèrent des groupements de penseurs qui plus tard s'introduiront dans la f. m. et  se substitueront à l'organisation corporative. 

 JeanValentin Andréa (1), abbéd'Adelsberg, fut, sans  le vouloir,. le fondateur de l'ordre des Rose-Croix.  

En 1610, Andréa publiait une oeuvre toute d'imagination, ayant pour titre : Fama fratemitaiis, ou découverte de l'ordre honorable des Rose-Croix Dans cette  fiction, il racontait l'histoire fabuleuse d'un certain  Christian Rose-Croix qui aurait trouvé un secret, enfoui  depuis des siècles, pouvant faire le bonheur de l'huma-  nité. Pour assurer le succès de sa propagande, il aurait fondé un collège secret (loge) ayant pour but la bienfaisance, l'internationalisme, l'avancement de la vraie  

  1. Né à Herremberg (Wurtemberg) le 17 août 1586, mort le  27 luin 1654.

 

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 morale et de la vraie religion. Les membres dé cette société devaient s'engager à la plus sévère discrétion. 

 Le livre eut un grand succès et, en Angleterre en particulier, on crut à l'existence réelle de l'ordre des Rose-Croix. , 

 Andréa donna des suites à son premier roman. En 1614, il publiait la Réformation universelle du monde  entier avec la Fama fraternitatis de l'ordre respectable  de la Rose-Croix ; en 1616 paraissait la Noce chimique  de Christian Rose-Croix ; en 1617, Rosa florescens,  contra Menapii calumnias, dans laquelle il fait l'apologie des Rose Croix, sous la signature de Florentinus  de Valentia.  

Le clergé catholique aussi bien que le clergé protestant s'émurent du succès de ces ouvrages, qui pouvaient entraîner les gens de bonne foi, firent avertir Andréa d'avoir à cesser ses publications et à les désavouer.  

Andréa se retira à Strasbourg où il fit imprimer en 1619 : Turris Babel, judiciorum de fraternitate Roseae Crucis chaos. Dans cet ouvrage Andréa proteste contre l'existence de la société des Rose-Croix, qui s'était réellement formée pour mettre sa fiction en pratique, déclare  qu'il n'avait écrit qu'une série de romans dans ses  oeuvres précédentes et qu'il avait choisi le nom de Rose-Croix en s'inspirant du cachet de sa famille : une croix de saint André avec une rose entre chaque  branche ; il se moquait des gens qui avaient cru à la réalité de son conte, qui avait assez duré, puisqu'il  était parvenu à mystifier ses lecteurs. 

 Andréa eut beau protester ; on ne voulut pas croire ses affirmations, et des sociétés inspirées de ses ouvrages se formèrent en Allemagne. Cependant les R.'.-C.'. ne

 

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devaient être ni très nombreux ni très connus, car  Descartes les chercha dans toute l'Allemagne sans  pouvoir les rencontrer. 

 La France aurait eu aussi sa société de R. C.  sous Louis XIII.  

On ne sait s'il faut prendre au sérieux les affiches que des R. C., ou des mystificateurs firent placarder, en 1622, dans les rues de Paris :  

« Nous, députés du collège principal des frères de la Rose-Croix, faisons séjour visible et invisible en cette ville, par la grâce du Très Haut, vers lequel se tourne  le coeur des justes. Nous montrons et enseignons, sans livres ni marques, à parler toutes sortes de langues des pays où nous voulons être, pour tirer les hommes, nos semblables, d'erreur et de mort. »  

Après leur échec, la même année, ils auraient fait placarder de nouvelles convocations : 

 « S'il prend envie à quelqu'un de nous voir, par curiosité seulement, il ne communiquera jamais avec  nous ; mais si la volonté le porte réellement et de fait  à s'inscrire sur le registre de notre confraternité, nous  qui jugeons des pensées, lui ferons voir la vérité de nos  promesses ; tellement que nous ne mettons point le  lieu de notre demeure, puisque les pensées, jointes à  la volonté réelle du lecteur, seront capables de nous  faire connaître à lui et lui à nous. » 

 En Angleterre, Robert Fludd (1) se posa en défenseur de l'ordre des Rose-Croix, en le regardant comme  

(1) Né à Milgate (Kent) en 1574, mort à Londres le 8 septembre  1637.

 

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 l'antique symbole de la croix teinte du sang de Jésus-Christ. En 1617, sous le pseudonyme de Robertus de  Fluctibus, il publie successivement à Leyde : Apologia  compendiaria, fralernitatem de Rosea Cruce, suspicionis et infamise maculis aspersam abluens et Tractatus apologeticus integritatem societatis de Rosea Cruce defendens contra Libanium et alios. Ces ouvrages eurent un  succès considérable ; des sociétés de Rose-Croix se formèrent à Londres, sous l'influence de Fludd, dont  elles adoptèrent les doctrines philosophiques. L'on peut même dire que ce furent aussi bien les théories de Fludd qui furent adoptées par les maçons philosophes,  lors de la réformation de 1717, que la méthode de  Bacon.

 

Fludd vaut du reste la peine qu'on étudie sa personne et ses écrits, fort peu connus en France. 

 D'abord militaire, il abandonna bientôt le métier des armes pour les sciences, les lettres, l'alchimie et la théosophie. Après avoir visité l'Allemagne, la France et l'Italie, il revint en Angleterre et se fit recevoir médecin. 

 Comme celle de Boehm, sa philosophie est inspirée de celle de Paracelse et de Cornélius Agrippa de Nettesheim ; c'est un mélange des chimères de l'alchimie,  des idées kabbalistiques et des traditions néo-platoniciennes et hébraïques recueillies dans les prétendus  écrits de Mercure Trismégiste, mêlées aux ambitions et  aux rêveries, des Rose-Croix. C'est le panthéisme le moins déguisé, presque le matérialisme, présenté sous le masque du mysticisme et avec le secours de l'interprétation allégorique avec laquelle il prétend donner le véritable sens de la révélation chrétienne. 

 Dieu est le principe, la fin et la somme de tout ce qui existe. Tous les êtres et l'univers lui-même

 

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sont sortis de son sein, formés de sa substance et retourneront en lui, quand le temps et le but de leur existence seront accomplis. A proprement parler, la création n'a jamais commencé. C'est l'Ensoph de la kabbale, l'unité ineffable de l'école d'Alexandrie, le Père inconnu du gnostici sixte. 

 L'être et le non-être, la lumière et les ténèbres,  l'activité et l'inertie, la contraction et l'expansion, le  bien et le mal, sont effacés et anéantis dans la plus  parfaite identité. La volonté et la nolonté par leurs actions simultanées et leur combinaison ont créé les éléments et les qualités dont l'univers se compose.  

On le voit, son panthéisme incline bien plus vers la matière que Arers l'esprit. 

 Comme les philosophes de l'antiquité, il adopte la théorie des quatre éléments, dont il explique la formation et la succession. L'air refroidi est devenu l'eau; celle-ci, condensée, est devenue la terre, et cette dernière, sous l'influence delà lumière, est devenue le feu. 

 C'est à la kabbale qu'il emprunte le mode de formation des êtres et ses quatre mondes étroitement unis et subordonnés l'un à l'autre : 

 

1° Le monde archétypique, où Dieu se révèle à lui-même et qu'il remplit de sa substance sous la forme la  plus élevée ; 

2° Le monde angélique, habité par les anges et les purs esprits, agents immédiats de sa volonté divine.  

3° Le monde stellaire formé par les étoiles, par les planètes et par tous les grands corps dont l'ensemble est nommé le ciel ;  

4° Le inonde sublunaire, c'est-à-dire la terre et les créations dont elle est peuplée.

 

 En fait, il réduit ses quatre mondes à trois : Dieu, la nature, l'homme.

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